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Résumé de la situation sur les marchés financiers depuis le début de la crise et prévisions des retombées économiques

Résumé de la situation sur les marchés financiers depuis le début de la crise et prévisions des retombées économiques
Ce post est en 3 parties qui peuvent être lues séparément. La théorie, les événements/données et mon analyse personnelle (qui vaut ce qu'elle vaut).

Propos préliminaires

Bonjour à tous et à toutes. Vous avez probablement entendu beaucoup de choses ces derniers mois à propos de ce qui se passait sur les marchés financiers. Le marché action, les bourses de commerce, les marchés des changes et les marchés obligataires ont été fortement chamboulés et on s'attend à des contrechocs sur d'autres marchés financiers (notamment l'immobilier) ainsi que dans la macroéconomie dans son ensemble. L'intérêt de ce post c'est de résumer les événements et déclarations majeures qui ont marqué ces derniers jours, tenter d'expliquer les ramifications théoriques et croiser ça avec les données. Je vais analyser séparément différents marchés financiers et pays mais il faut garder à l'esprit qu'ils sont tous interdépendants et que c'est la combinaison de nombreux facteurs qui cause les phénomènes que je vais expliquer, il n'y a pas d'explication simple, compréhensive et claire pour tout ça. Par ailleurs j'utiliserai à la fois la pensée de diverses écoles pour les aspects macroéconomiques et de la finance classique et comportementale pour les aspects financiers en fonction de là où je pense qu'une théorie est plus juste qu'une autre. J'essaye de mélanger différents niveaux d'analyse pour que cela soit compréhensible par la plupart des gens, ce qui veut dire que je vais tenter de vulgariser des concepts.

Les politiques fiscales et monétaires (la théorie)

L'approche traditionnelle pour analyser la réponse politique est de regarder comment se marient les décisions fiscales (du gouvernement - impôts, taxes, subventions et autres aides) et la politique monétaire (de la banque centrale - taux et assouplissement quantitatif principalement). Bien sûr, dans cette crise, la politique sanitaire compte énormément aussi et dans une moindre mesure la politique commerciale. Pour expliquer comment cela fonctionne je vais présenter succinctement le modèle macroéconomique partagé par les keynésiens et les classiques. C'est un modèle simplifié de l'économie qui est surtout utile pour comprendre les mécanismes sous-jacents, pas forcément pour faire des calculs précis, qu'on appelle AD-AS (Demande agrégée - Offre agrégée).
Commençons par le lien naturel entre les revenus, la consommation et l'épargne des agents économiques. L'épargne se constitue quand les revenus agrégés des agents économiques dépassent leurs dépenses. Quand les revenus des agents économiques augmentent (salaires, chiffre d'affaires et recettes fiscales), ils ont tendance à dépenser plus, on appelle ça la propension marginale à consommer, mais ils vont toujours épargner une certaine proportion. Inversement, quand les revenus baissent, ils ont tendance à dépenser moins, jusqu'à atteindre le plancher des dépenses vitales, parfois en piochant dans leur épargne si c'est nécessaire ou bien en piochant dans l'épargne d'autres agents (la dette). De manière équivalente, quand la production économique dépasse les besoins en biens et services de l'économie, les inventaires des entreprises augmentent et la production baisse sur le court-terme (ce qui implique des licenciements, donc moins de salaires), inversement, si la production ne subvient pas aux besoins, alors la production augmente sur le court-terme (ce qui implique des heures sup ou des embauches, donc plus de salaires). Ainsi l'épargne agrégée a tendance à suivre un niveau d'équilibre sur le long-terme en fonction de la production de l'économie. Graphiquement cet équilibre est le croisement entre les revenus et les dépenses.

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Comme toute dépense est le revenu d'un autre agent économique, on obtient l'équation
Y = C + I + G + (X - M)
La production de biens et de services consommée est la somme de la consommation des ménages, des investissements des entreprises, de la consommation/investissement du gouvernement et de la balance commerciale (exportations nettes d'importations). Ainsi il existe un lien important entre les marchés financiers et les marchés de biens et de services (aka l'économie "réelle"). Si l'épargne agrégée du pays augmente une année, les taux de rendement des actifs financiers baissent et si les opportunités d'investissement s'améliorent alors les taux de rendement augmentent, on appelle ce taux théorique le taux naturel, c'est ce taux qui détermine la valeur intrinsèque des actifs financiers. On peut imaginer ça comme un arbre qui porte de plus en plus de fruits chaque année, s'il y a plus de monde pour récolter alors il y aura moins de fruits pour tout le monde et si la récolte est meilleure alors on pourra donner plus de fruits à chacun.
Récapitulons, si la production de biens et de services dépasse les besoins alors cela cause un surplus de revenus et d'épargne (car on a payé plus de salaires que ce qui a été consommé dans l'économie), donc il y a plus d'argent dans les marchés financiers donc les rendements baissent car il faut répartir les bénéfice parmi "plus de monde". Ainsi il y a une relation directe entre les revenus/l'épargne et la production et une relation inverse entre les revenus/l'épargne et les taux de rendement. Graphiquement cela donne une courbe décroissante qu'on appelle la courbe "IS" (Income/Savings).
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Attardons-nous dessus et détaillons ce point car c'est crucial pour comprendre l'impact de la politique fiscale et de la politique monétaire sur l'économie. La consommation des ménages dépend de leurs revenus disponibles, c'est-à-dire de leurs salaires et des aides sociales nets d'impôts et taxes. Si les taux d'intérêt baissent, cela veut dire qu'ils peuvent s'endetter plus facilement pour consommer si besoin (cartes de crédit, crédit-bail pour une voiture, prêts étudiants etc...). Ainsi les taux élevés et les taxes baissent la consommation des ménages, alors que la production de biens et de services et les aides sociales l'augmentent. L'investissement des entreprises dépend des opportunités, qui dépendent donc du potentiel de croissance du marché de biens et de services de l'économie, par ailleurs, vu que ces investissements sont partiellement financés par la dette, cela dépend aussi des taux d'intérêt. Un taux d'intérêt élevé veut dire que seulement les investissements rentables et risqués seront réalisés tandis qu'un taux faible élargi les possibilités d'investissement. Cela est valable aussi pour le gouvernement, mais il a une marge de manœuvre qu'on appelle la politique fiscale, qui elle dépend des contraintes sociales, écologiques, des institutions et des idéologies des dirigeants politiques. Enfin la balance commerciale est spéciale, les importations ont tendance à augmenter avec la production de biens et de services. En réalité elle dépend surtout des taux de change (qui dépendent de l'inflation et des taux d'intérêt) et de la politique commerciale, mais on en parlera plus tard.
Parlons plus en détail des taux et du marché monétaire (j'ai fait tout un post dessus mais c'est bon de rappeler les points importants). La quantité réelle d'argent dans l'économie, autrement appelée l'offre de monnaie, c'est la quantité nominale (tous les billets, comptes en banque, découverts bancaires etc...) divisée par le niveau de prix moyen des biens et services dans l'économie, en d'autres termes, qu'est-ce qu'on peut s'acheter avec cet argent. L'offre de monnaie a tendance à être fixe sur le court-terme, la banque centrale, contrairement aux croyances, n'a pas pour habitude de faire fluctuer fortement la quantité d'argent en circulation et les prix des biens et services ne change pas brutalement non plus au niveau agrégé, en temps normal, mais pour votre gouverne, l'origine de l'offre de monnaie est sujet à débat entre monétaristes, circuitistes et autres. La demande de liquidité quant à elle provient de 3 besoins : pour réaliser des transactions, pour se constituer une épargne de précaution et pour spéculer. Ces 3 besoins sont proportionnels à la production de biens et de services dans l'économie. Cependant, si les taux augmentent, les besoins en liquidités diminuent car cela devient plus cher de se procurer des liquidités sur le marché monétaire, le taux d'intérêt est le coût de l'argent. Graphiquement cela donne

Imaginez vous ça, plus vous pouvez acheter de choses avec votre compte en banque, moins vous avez besoin de liquidités, ce pourquoi la courbe des besoins est décroissante en fonction de la quantité réelle de monnaie
Étant donné que la quantité réelle d'argent est fixe sur le court-terme, une augmentation des besoins en liquidités des agents économiques veut dire qu'ils vont devoir se partager une quantité réelle d'argent relativement plus faible pour effectuer leurs transactions, ce qui va pousser le coût de l'argent à la hausse. La courbe des liquidités est donc le coût de la monnaie en fonction de la production de biens et de services sur le court-terme, on l'appelle la courbe "LM" (Liquidity/Money). Cela donne ça graphiquement

A chaque niveau de besoin en liquidité (L0, L1 et L2) avec une quantité réelle de monnaie fixe correspond un taux et un niveau de production, qui forment la courbe LM
Maintenant, quand les prix des biens et services varient, la quantité réelle de monnaie varie aussi. Si les prix augmentent, alors la quantité réelle diminue. En augmentant les prix, les besoins en liquidités des agents économiques augmentent aussi car ils ont besoin de plus de monnaie pour effectuer la même transaction par exemple. Cela se traduit par une augmentation du coût de la monnaie, donc des taux d'intérêt d'équilibre. Si les prix augmentent sans que l'argent dépensé par les agents économiques ne change, cela veut dire que la production de biens et de services a diminuée (ils achètent moins avec autant d'argent). Graphiquement cela donne
La courbe de la demande agrégée de biens et de services est construite là où l'épargne/les revenus et les liquidités s'équilibrent en faisant uniquement varier les prix
Une politique fiscale déficitaire va déplacer la courbe IS à droite et une politique monétaire expansionniste va déplacer la la courbe LM à droite, qui vont déplacer la demande agrégée à droite.
En réalité des modèles plus avancés introduisent d'autres contraintes que la courbe IS et la courbe LM. Le modèle Mundell-Fleming introduit la balance des paiements (balance commerciale et flux de capitaux) et j'ai récemment vu un modèle introduire les contraintes sociales et écologiques. Ces modèles montrent surtout que la politique est un jeu d'équilibre où chaque décision fiscale ou monétaire influe sur presque chaque aspect de la macroéconomie. Pour expliquer rapidement la balance des paiements, dans une économie ouverte aux capitaux étrangers, où le taux de change est flottant, tout flux d'argent entrant, que ce soit une entreprise étrangère qui achète des biens ou un investisseur étranger qui investi dans les marchés financiers du pays, augmente la valeur relative de la monnaie domestique, le taux de change. Les étrangers achètent nos produits entre autres en fonction de la différence de prix, ainsi une augmentation relative des prix domestiques (l'inflation) va baisser le taux de change jusqu'à ce que les prix à l'exportation soient à nouveau compétitifs. Une augmentation des taux d'intérêt va attirer les investisseurs étrangers et augmenter le taux de change. Ainsi, en général, une économie de services développée qui cherche à investir à l'étranger va bénéficier d'une monnaie forte tandis qu'une économie exportatrice qui cherche à attirer les capitaux étrangers va bénéficier d'une monnaie faible. La notion de fort ou faible dépend des taux et de l'inflation (parité de pouvoir d'achat).
La banque centrale est capable d'affecter directement le marché monétaire, elle est capable d'obliger ce marché à pratiquer des taux différents du taux naturel - si ses taux sont en-dessous du taux naturel alors on dit que la politique monétaire est expansionniste car cela veut dire que la banque centrale augmente la quantité d'argent dans l'épargne agrégée et si elle est au-dessus alors on dit que la politique est contractionnaire car de l'argent est détruit. Ses taux fonctionnent comme un étau qui contraint les banques commerciales à se prêter de l'argent entre elles à l'intérieur d'une bande. En réalité la banque centrale prête assez irrégulièrement de l'argent et ses décisions de taux fonctionnent plutôt comme une promesse/menace que les banques commerciales choisissent de respecter si la banque centrale est crédible. En changeant les taux du marché monétaire, elle contrôle indirectement tous les taux de rendement de l'économie. Dans les économies occidentales, la banque centrale choisit ses taux principalement en fonction de l'inflation des prix, pour la garder à un niveau faible et stable. La banque centrale n'a d'influence que sur la demande agrégée, elle influe les courbes IS et LM comme je viens de le montrer en choisissant les taux. Le gouvernement influe sur la demande agrégée surtout en touchant à la courbe IS quand il fixe les aides sociales et les impôts/taxes. Le keynésianisme c'est l'art de mettre en équilibre les courbes IS et LM quand il y a des chocs dans l'économie qui empêchent un retour à l'équilibre naturel.
L'autre partie du modèle est l'offre agrégée. L'idée basique est la suivante, les keynésiens pensaient que l'offre s'adaptait naturellement en fonction de la demande et des prix et pouvait croître en embauchant, en faisant des heures sup, en empruntant du matériel ou en sous-traitant ou pouvait baisser en licenciant ou en fermant des chaînes de production, et les classiques pensaient que la production est ultimement contrainte par la quantité de capital humain (quantité et qualité de la main d’œuvre) et de capital physique (usines, machines-outils etc...) qui ne varient pas en fonction des prix ou de la demande, les travailleurs et le capital ne poussent pas sur des arbres. Les deux avaient plus ou moins raison, la vision keynésienne plus ou moins vraie sur le court-terme et la vision classique est plutôt vraie sur le long-terme. Graphiquement cela donne

Vision court-terme keynésienne et vision long-terme classique de l'offre en fonction des prix, l'offre court-terme est variable et l'offre long-terme est indépendante des prix
Le problème de la vision keynésienne c'est qu'elle supposait que l'offre s'adaptait forcément à la demande et que si l'offre et la demande n'étaient pas en équilibre alors que c'était un problème avec la demande. Le problème survient quand des facteurs exogènes viennent perturber l'offre, à savoir quand par exemple, le prix à l'importation d'une matière première vitale augmente brutalement ou quand une taxe vient augmenter le coût d'une ressource ou de la main d’œuvre. Aujourd'hui les néo-keynésiens et les néo-classiques s'accordent pour dire que l'offre agrégée est sujette à ce qu'on appelle des chocs exogènes (manque de ressources, taxes, contraintes sociales), qui ne peuvent être réglés à travers une relance monétaire ou fiscale, qui font que la demande et l'offre agrégée ne s'adaptent pas l'une à l'autre. Cela donne lieu par exemple à de la stagflation, quand la production réelle de biens et de services ne change pas et que les prix augmentent quand-même. C'est là que le gouvernement doit agir en changeant sa politique commerciale, en baissant les taxes ou en changeant les lois et la banque centrale est complètement impuissante dans ce genre de situation. Cela fonctionne aussi dans l'autre sens, si un choc dans l'offre venait couper les prix à l'importation d'une matière première, cela perturberait l'équilibre.
Pour votre information, les modèles plus récents de l'offre agrégée incluent les facteurs technologiques, les institutions (éducation, recherche, santé, justice...) et autres. Toute politique de l'offre n'est pas forcément une politique d'austérité pure, les échecs de nombreuses de ces politiques proviennent surtout de la négligence des institutions qui créent et protègent le capital humain, physique et la technologie.
Ainsi j'ai donné une explication de comment sont liés différents marchés financiers, l'économie réelle et la politique fiscale et monétaire.

Les événements économiques et financiers récents

En ce qui concerne les décisions monétaires il y a eu les décisions suivantes :
  • Baisse des taux court-terme de la Fed (Etats-Unis) de 1,5% (baisse de 0,5% le 3 mars et une baisse de 1% le 15 mars), qui ont déclenché des repos à hauteur de 1,5 milliers de milliards de dollars (une repo c'est un prêt de quelques jours maximum qui est garanti par un billet de trésorerie de l'Etat américain, l'argent est donc créé temporairement). Ils ont aussi supprimé les réserves de liquidités minimales requises pour les banques, mais cette décision est sans réel impact car cela fait des années que les contraintes sur les capitaux des banques instaurés depuis la crise de 2008 les supplantent.
  • Rachat de 500 milliards de dollars de bons du trésor et de 200 milliards de MBS (paquets de prêts immobiliers) par la Fed, ce qui maintient les taux long-terme à leur niveau. Il est à noter que ce genre d'opérations (QE) sert non pas à injecter de l'argent dans l'économie réelle mais plutôt pour maintenir la qualité des capitaux des banques commerciales et pour contrôler les taux d'intérêt long-terme pour freiner l'inversion de la courbe des taux (en gros, renforcer la confiance dans la stabilité du système bancaire). Cela représente 3,4% de leur PIB.
  • Maintient des taux d'intérêts court-terme par la BCE, augmentation des rachats d'obligations d'Etats européens de 20 milliards d'euros par mois à 120 milliards et décision hier d'augmenter ça de 750 milliards vu que cela avait été jugé comme très inférieur aux besoins compte tenu des risques de défaut des entreprises européennes. Il est à noter que Lagarde a commis une grosse erreur dans son précédent discours en laissant entendre qu'elle n'interviendrait pas pour contrôler les différences de taux d'intérêt long-terme entre Etats européens (les spreads) pour ensuite faire un gros rétropédalage, étant donné que cela minait complètement l'intégrité de l'eurozone. Cela représente ~4% du PIB de l'eurozone.
  • La banque centrale du Japon a maintenu ses taux court-terme, mais à quand-même fait 260 milliards de yen de repos ce mois-ci et a racheté 200 milliards de yen d'obligations d'Etat japonais (relativement peu), et 100 milliards de yen de parts d'ETF japonais pour soutenir sa bourse (plus que la moyenne). Cela représente ~0,06% de leur PIB. Elle détient actuellement ~5% des actions cotées japonaises à travers des ETF.
  • La banque du Canada a coupé ses taux court-terme de 0,5% le 13 mars et envisage de lancer des rachats de MBS.
  • La banque d'Angleterre a d'abord coupé ses taux court-terme de 0,5% les 11 mars puis de 0,15% le 18 mars. Elle augmente ses rachats d'obligations d'Etat britanniques de 200 milliards de livres à 645 milliards de livres Sterling pour maintenir les taux long-terme. Il faut noter que cette crise couplée à l'incertitude liée à la négociation de l'accord final avec l'UE exerce une pression extrêmement forte sur le pays et ses marchés financiers. Cela représente ~8,3% de leur PIB
Les politiques fiscales :
  • Le gouvernement américain est paralysé par l'inaction du Congrès et précisément du parti républicain, qui se battent sur la marche à suivre. Nancy Pelosi a poussé pour étendre les congés maladie payés à tous les travailleurs américain, mais le parti républicain a voté presque unanimement contre au Sénat. L'idée d'un helicopter drop de 1000 dollars par citoyen ou bien un "bailout" des compagnies aériennes (critiquées pour ne pas avoir géré leurs trésoreries correctement en pratiquant des rachats d'actions intensifs ces dernières années). Les Etats démocrates ou modérés ont commencé des mesures de confinement sans l'aval de l'Etat fédéral et le président a fait un rétropédalage notoire, en changeant son discours à celui de l'état d'urgence sanitaire. Un plan d'aide de 750 à 1,2 milliers de milliards (3,6%-5,8% du PIB américain) est en train de se préparer enfin.
  • En Europe les réponses fiscales sont principalement des reports de charges bancaires, sociales, fiscales et de loyers pour les entreprises (principalement les PME), à hauteur théorique de 300 milliards d'euros en France et de 600 milliards d'euros en Allemagne. Les mesures de confinement varient d'un pays à l'autre.
  • Le gouvernement du Canada va injecter 1,2% de point de PIB dans l'économie réelle, suspension des remboursements de prêts pour les entreprises et les particuliers, garantie des salaires à hauteur de 10% jusqu'à un maximum de 1375 CAD par citoyen
Nota benne : je n'ai pas jugé avoir de sources assez fiable sur ce que faisait la Chine, ce pourquoi je l'ai exclue, mais elle n'en est pas moins importante, bien évidemment.
Les marchés des changes ont fait ça :
Valeur de l'euro, une hausse signifie une appréciation relative
Les bourses de commerce ont chuté, principalement sur le pétrole Brent sur fond de guerre des prix entre l'OPEC (Arabie Saoudite) et la Russie, le pétrole a perdu plus de 50% de sa valeur depuis le début de l'année à cause du surplus de pétrole et de la chute de la consommation chinoise et européenne suite aux mesures de confinement et aux fermetures d'usines. C'est de la spéculation mais l'or a probablement perdu de la valeur car il a servi de collatéral liquide pour les grosses institutions financières qui ont reçu des margin calls (quand elles ont perdu beaucoup d'argent dans des contrats financiers à effet de levier) et cela n'est pas totalement indépendant de la situation financière des produits exportateurs de pétrole qui ont vu leurs recettes chuter et qui se sont vus obligés de liquider certaines réserves d'or.
Les marchés action ont chuté principalement sur des craintes d'une récession mondiale, le CAC 40 a perdu ~35% de sa valorisation depuis le début de la crise.
Le VIX est monté d'un niveau de ~15% de volatilité implicite sur le S&P500 à 85% le 18 mars pour retomber à 65% au moment de l'écriture de ce post. Cela a de nombreuses implications, notamment en signifiant l'augmentation conséquente du coût des produits financiers dérivés (qui ont d'ailleurs été interdits en très grande majorité par l'AMF en France avant-hier).

Analyse personnelle

Cette partie n'est que spéculation.
La crise actuelle est un choc exogène de l'offre et de la demande, de l'offre car les usines chinoises dont dépendent les économies occidentales ont fermé et de la demande car cette situation va causer une chute de la consommation à cause du confinement des citoyens. Cela va normalement se traduire en une récession, mais si elle advient elle n'aura aucune comparaison avec les récessions récentes car elle n'aura pas été causée par des facteurs cycliques endogènes comme la croissance, l'inflation et les taux d'intérêts. Cela veut dire qu'il va falloir d'un côté avoir une réponse monétaire et fiscale pour gérer le choc de la demande, la réponse monétaire servant surtout à baisser les taux d'emprunt des Etats pour les permettre de relancer l'économie (donc QE) et d'un autre côté avoir une politique d'offre en baissant les charges des entreprises pour qu'elles puissent survivre assez longtemps pour rebâtir leurs chaînes logistiques. Les prévisions de croissance sont dans les eaux de -1 à -5% l'année qui va suivre pour les économies occidentales.
Si l'on utilise le modèle détaillé plus haut, les politiques mises en œuvre en ce moment ont l'air adéquates pour relancer l'offre et la demande agrégée, mais il y a un fort risque de déflation à cause du pétrole et la gestion de la crise par la Chine reste un peu le facteur chance sur le plan économique. Si elle est capable de se relancer en quelques mois alors ça devrait aller, mais sinon on risque de tomber dans un gouffre de quelques années car il sera très difficile de remplacer la Chine en tant que partenaire commercial. Aucune relance fiscale ou monétaire n'aidera ici. L'immobilier commercial risque de perdre beaucoup de valeur de par le fait que probablement de nombreuses entreprises vont probablement faire faillite ou tout du moins réduire leurs effectifs et la taille de leurs bureaux, les marchés de dette high yield (à fort risque de défaut) ont des taux et des volatilités implicites énormes en ce moment.
L'explosion du VIX, du VXTN et d'autres indicateurs de volatilité implicite (que j'explicite dans ce post) pose un problème assez important dans tout ce système. Etant donné qu'en général pour rentrer dans un contrat financier dérivé à effet de levier, que ce soit, en bourse ou sur les marchés du "shadow banking", il faut déposer un pourcentage de la mise qui sert de garantie en cas d'appel de marge. La volatilité implicite augmente mécaniquement les sommes à déposer et cela veut dire que des institutions financières absorbent des quantité phénoménales de liquidités en ce moment pour rester dans ces contrats. Ces institutions risquent de causer des krachs sur les cours de l'or ou sur le marché de l'immobilier si elles en détiennent. Ainsi l'action des banques centrales doit composer avec cette absorption de liquidités par les marchés dérivés. Ainsi je pense que la décision récente de l'AMF est très positive en ce sens et devrait être suivie par d'autres autorités régulatrices, mais cela pourrait avoir des conséquences néfastes en cas de mauvaise transmission d'informations aux investisseurs.
J'espère que cette présentation vous a plu, que c'était suffisamment clair et que je n'ai pas fait trop d'erreurs.
submitted by Tryrshaugh to france [link] [comments]

Les idéologues du capitalisme décadent - La banqueroute des économistes bourgeois de gauche - Par Joseph Seymour et Bruce André (2 - 2) Janvier 2018

https://archive.li/gYdzR
La structure de l’étude historique de la croissance de l’économie américaine qu’a faite Gordon se base sur le concept de trois révolutions industrielles successives. La première (la RI n° 1) découlait d’inventions survenues entre 1770 et 1820, principalement la machine à vapeur et ses retombées – le chemin de fer, le bateau à vapeur et le passage du bois au fer et à l’acier. La deuxième (la RI n° 2) découlait de techniques développées à la fin du XIXe siècle, notamment l’électricité et le moteur à combustion interne. La troisième (la RI n° 3), qui a commencé dans les années 1960, était centrée sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC), comme les ordinateurs et les smartphones.
Pour Gordon, la cause fondamentale du ralentissement de la croissance de l’économie américaine ces dernières décennies a été l’atténuation des effets de la deuxième révolution industrielle et la puissance insuffisante de la troisième :
« La diminution de près de moitié de l’augmentation de la productivité reflète l’essoufflement de la stimulation de la production engendrée par les grandes inventions de la RI n° 2. Celle qui lui a succédé, la RI n° 3 orientée vers les TIC, a été suffisamment puissante pour provoquer un redressement tendanciel de la croissance de la productivité, qui a atteint en moyenne 2,05 % pendant la décennie 1995-2004. Mais la capacité des innovations liées aux TIC à stimuler la croissance de la productivité s’est essoufflée après 2004. »
Gordon ne considère jamais la possibilité que certaines innovations techniquement progressistes pourraient ne pas être transformées en marchandises commercialisées massivement parce qu’il n’est pas rentable de le faire. Nous reviendrons plus loin sur son insistance que l’informatisation et les nouvelles technologies numériques en général ne pourront pas à l’avenir augmenter la productivité du travail de façon significative. En fait, il soutient que ces technologies ont pour l’essentiel épuisé leur potentiel.
Examinons pour le moment le postulat implicite de Gordon que toutes les nouvelles marchandises commercialisées massivement étaient plus efficaces que celles qu’elles ont remplacées, et qu’elles ont augmenté le niveau de vie de la population. En particulier, intéressons-nous au remplacement partiel du tramway, du métro et du train surélevé électrifiés par l’automobile, un processus qui a démarré entre 1910 et 1930. Gordon analyse de façon détaillée cette transition d’un moyen de transport des personnes à un autre. Mais il n’essaie pas de comparer leur efficacité technico-économique. Les métros et les trains surélevés électrifiés dépensaient-ils plus ou moins de ressources économiques par passager-kilomètre que des Ford T ? Et si la réponse est moins, où est donc l’avantage de l’automobile ?
Gordon reconnaît que le développement de l’automobile n’a pas simplement été le résultat du fonctionnement du capitalisme de « libre marché ». La politique gouvernementale a été un facteur causal très important :
« Le gouvernement avait pour politique d’encourager l’étalement urbain, sapant la viabilité financière des transports urbains et des trains de voyageurs. Avant même la Deuxième Guerre mondiale, les politiques publiques étaient biaisées en faveur de l’automobile, avec la construction de rues et d’autoroutes sur fonds publics tandis que les transports urbains et les transports ferroviaires interurbains devaient fonctionner comme des sociétés privées autosuffisantes. Au début, on construisit beaucoup de routes en émettant des obligations dont les intérêts étaient remboursés par les impôts fonciers locaux, de sorte que le propriétaire d’une voiture et l’usager des transports publics payaient la même chose pour construire un système routier qui rendait la voiture toujours plus attractive par rapport aux transports collectifs. »
Toutefois, Gordon ne se prononce pas sur la question de savoir si la politique gouvernementale favorisant les déplacements en voiture aux dépens des transports publics de masse était rationnelle économiquement et bénéfique socialement. Et il n’explique pas non plus pourquoi les autorités nationales et locales ont mené cette politique en faveur de la voiture. La réponse, bien sûr, tient principalement à la course au profit des capitalistes : les politiciens bourgeois impliqués étaient liés aux propriétaires des grandes entreprises automobiles, comme Henry Ford et Alfred P. Sloan (le PDG de General Motors), ainsi qu’aux industries du caoutchouc et du pétrole qui fabriquaient les pneumatiques et l’essence.
Lutte de classe et réduction du temps de travail
Gordon déclare que son livre « n’étudie pas seulement le niveau de vie du point de vue du consommateur ; il examine aussi la qualité des conditions de travail, tant à la maison qu’à l’extérieur ». Gordon s’en tient à son thème principal : la population américaine a connu pendant la première moitié du XXe siècle une amélioration qualitative de ses conditions de vie quotidiennes. Il cite la réduction de la semaine de travail, qui est passée de 60 heures au début du XXe siècle à 41 heures en 1950. Mais sa vision du monde de bourgeois de gauche l’aveugle : il passe à côté à la fois de la cause fondamentale de ce changement majeur dans la vie des travailleurs et des limitations inhérentes de son impact sur leur qualité de vie.
Selon Gordon, la réduction moyenne de la semaine de travail résultait d’un intérêt partagé entre les propriétaires des entreprises et leurs ouvriers – que la main-d’œuvre soit bien reposée et en bonne santé. Il écrit :
« Les interprétations de la tendance à la réduction du temps de travail se focalisent sur l’opinion largement partagée, à la fois du côté des dirigeants des entreprises et de celui des syndicats, que cette réduction améliorerait les performances des travailleurs et ferait augmenter la production. Une augmentation de la productivité et des salaires rendait possible une réduction progressive du temps de travail, car les semaines de 60 ou 72 heures avaient créé une classe ouvrière masculine complètement épuisée. »
A l’appui de cette analyse, Gordon invoque la législation adoptée pendant l’« Ere progressiste » [1897-1920] et le New Deal des années 1930.
En fait, la semaine de 40 heures a été arrachée par des décennies de batailles de classe féroces et souvent sanglantes menées par le mouvement ouvrier. L’agitation pour la journée de huit heures et pour les syndicats menée par la classe ouvrière industrielle naissante conduisit à la grande grève des chemins de fer de 1877, qui fut brutalement réprimée par l’armée. Lors du massacre de Haymarket, en 1886, la police de Chicago attaqua les ouvriers qui manifestaient pour la journée de huit heures et arrêta huit militants syndicaux anarchistes qui furent ensuite emprisonnés ou exécutés après un procès truqué. Lors de la grève dite des Petites Aciéries en 1937, dont l’une des revendications était la semaine de 40 heures, la police assassina dix ouvriers devant les grilles de l’usine Republic Steel, dans le Sud de Chicago – une tuerie qui est passée dans l’histoire sous le nom du « massacre de Memorial Day » [journée en l’honneur des soldats américains morts au combat].
Aujourd’hui ont passé plusieurs décennies de guerre de classe unilatérale, menée par la bourgeoisie, et de reculades d’une bureaucratie syndicale bornée. La semaine de 40 heures a été progressivement grignotée. Le temps de travail hebdomadaire moyen pour les salariés américains à plein temps est aujourd’hui d’environ 47 heures, près d’une journée de travail supplémentaire de huit heures par semaine. Environ un salarié à plein temps sur cinq travaille 60 heures ou plus par semaine, alors que des millions de travailleurs sont au chômage ou obligés de travailler à temps partiel.
Les travailleurs doivent lutter pour une diminution de la semaine de travail sans perte de salaire, en liant le combat pour des conditions de travail décentes à la lutte pour un emploi pour tous. Une semaine de travail de 30 heures, payées 40, et le partage du travail disponible entre toutes les mains, serait un grand pas pour résoudre à la fois le chômage et les graves problèmes de sécurité dus à la fatigue et au manque de personnel.
Les capitalistes objecteront bien sûr que de telles revendications ne sont pas réalistes – du moins, s’ils doivent préserver leur indécente richesse. De fait, les besoins vitaux de la classe ouvrière se heurtent à l’incapacité du système capitaliste à les satisfaire. La lutte des travailleurs est nécessaire pour obtenir une part un peu plus grande de la richesse sociale contre une classe dirigeante capitaliste déterminée à maximiser ses profits. Mais cela n’apportera pas la solution. L’objectif doit être une société d’un genre complètement différent, une Amérique ouvrière où les richesses productives auront été arrachées des mains de l’infime minorité que représente l’élite capitaliste et mises à la disposition de l’immense majorité de la population. Pour construire une telle société, il faudra que la classe ouvrière, sous la direction d’un parti révolutionnaire, renverse le pouvoir de la classe capitaliste par une révolution socialiste et instaure un gouvernement ouvrier.
Travail et qualité de vie
Comme les batailles de classe qui ont arraché la semaine de 40 heures, l’érosion continue de cet acquis syndical historique depuis la fin des années 1970 est pour Gordon un livre fermé de sept sceaux. Pourtant, même si l’on accepte sa focalisation sur la première moitié du XXe siècle, quand la semaine de travail est passée de 60 à 40 heures, cet acquis représentait en fait quelque chose de moins qu’un changement qualitatif dans la vie des travailleurs américains. Même si Gordon déplore la montée des inégalités de revenus aux Etats-Unis ces dernières décennies, il ne traite pas et ne reconnaît même pas une inégalité plus fondamentale dans toutes les sociétés capitalistes à toutes les époques : celle entre, d’une part, l’immense majorité de ceux qui doivent accomplir ce que Marx appelait du « travail aliéné » pour obtenir les moyens de subsistance nécessaires à eux-mêmes et à leur famille, et, d’autre part, les quelques privilégiés qui peuvent se consacrer à un travail créatif et gratifiant.
Dans la préface de The Rise and Fall of American Growth, Gordon raconte que son intérêt pour les variations des taux de croissance économique et de la productivité du travail tout au long de l’histoire américaine remonte aux années où il était étudiant en économie au Massachusetts Institute of Technology au milieu des années 1960. Les recherches qu’il a menées pour écrire son livre ont été entreprises pour satisfaire sa curiosité intellectuelle, pas parce qu’il devait gagner sa vie. Mais très peu de gens peuvent s’offrir le luxe de travailler pour satisfaire leur curiosité intellectuelle ou exprimer leurs impulsions créatrices.
Voyons par exemple les employés des Presses universitaires de Princeton, qui ont transformé le manuscrit de Gordon en pages imprimées d’un livre. Certes, ils utilisent des techniques radicalement différentes de celles qu’employaient leurs prédécesseurs dans les années 1920, qui mettaient en page les livres des économistes éminents de l’époque comme Irving Fisher ou Wesley C. Mitchell. Et ils travaillent dans des locaux plus confortables. Pourtant, ils font le même type de travail pour les mêmes raisons personnelles : pour gagner leur vie.
En lisant le livre de Gordon, on pourrait conclure que la semaine de 40 heures et l’année de travail d’un peu plus de 11 mois comme aux Etats-Unis représentent le niveau le plus avancé que puisse atteindre la société pour ce qui est du temps de travail nécessaire fourni par ses membres. Mais dans une économie socialiste planifiée, il serait possible, grâce à une augmentation progressive et en forme de cercle vertueux de la productivité du travail, de réduire de façon radicale le temps de travail total nécessaire pour produire à la fois les moyens de production et les biens de consommation. En l’espace de seulement quelques générations, les gens ne travailleraient plus que, disons, 20 heures par semaine et six mois par an. Tout le monde aurait à la fois le temps disponible et l’accès aux ressources matérielles et culturelles nécessaires pour acquérir les connaissances scientifiques et techniques aujourd’hui réservées à une élite privilégiée. Il y a plus d’un siècle et demi de cela, Marx envisageait ainsi la société communiste de l’avenir :
« Le temps libre – qui est aussi bien temps de loisir que temps destiné à une activité supérieure – a naturellement transformé son possesseur en un sujet différent, et c’est en tant que tel qu’il entre alors dans le procès de production immédiat. Ce dernier est à la fois discipline, si on le considère dans la perspective de l’homme en devenir, et en même temps exercice pratique, science expérimentale, science matériellement créatrice et s’objectivant, dans la perspective de l’homme tel qu’il est au terme de ce devenir, dans le cerveau duquel existe le savoir accumulé de la société.
– Manuscrits de 1857-1858 (« Grundrisse »)
Dans la société communiste de l’avenir, il y aura une augmentation considérable du nombre de personnes capables de développer des innovations techniques, à la mesure des héros du passé célébrés par Gordon, comme Thomas Edison, Karl Benz (l’inventeur de l’automobile) ou Guglielmo Marconi (un des pionniers de la radio).
La Deuxième Guerre mondiale : un exemple de capitalisme d’Etat
Pour des marxistes, la partie la plus intéressante du livre de Gordon est son analyse du « grand bond en avant » de la productivité du travail qui a eu lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) et qui s’est poursuivi pendant les deux premières décennies de l’après-guerre. Gordon écrit en conclusion : « La Deuxième Guerre mondiale a sauvé l’économie américaine d’une stagnation séculaire, et un scénario hypothétique de croissance économique après 1939 qui n’inclurait pas la guerre serait lamentable dans le meilleur des cas. » C’est le seul moment de l’histoire américaine contemporaine où le développement d’unités de production utilisant de nouvelles techniques plus avancées ne fut pas déterminé par les anticipations de profits des dirigeants des grandes entreprises et des financiers de Wall Street. Pour vaincre ses ennemis capitalistes-impérialistes, le gouvernement américain – le comité exécutif de la classe dirigeante américaine dans son ensemble – décida et finança un programme sans précédent de construction d’usines et d’infrastructures industrielles.
On peut lire dans un ouvrage de référence sur l’histoire économique de la Deuxième Guerre mondiale :
« La période qui va de 1940 à 1944 a connu une expansion de la production industrielle aux Etats-Unis plus importante que pendant n’importe quelle période précédente […]. Entre 1940 et 1944, la production totale de produits manufacturés a augmenté de 300 %, et celle de matières premières d’environ 60 % . On estime que les investissements dans des usines et des infrastructures nouvelles, dont beaucoup d’investissements directs réalisés par le gouvernement, ont accru la capacité productive de l’économie de quelque chose comme 50 % . »
– Alan S. Milward, War, Economy and Society 1939-1945 (1977)
Les usines et autres infrastructures productives financées par le gouvernement furent mises gratuitement à la disposition des capitalistes privés, ce qui leur permit d’accroître fortement leurs profits pendant et après la guerre. Gordon écrit à ce sujet : « Bien que les investissements privés aient stagné dans la période 1930-1945, les investissements en capital financés par le gouvernement ont fait un bond en avant durant ces quinze années. Particulièrement notable fut la création de nouvelles usines payées par le gouvernement mais gérées par des entreprises privées pour produire du matériel et des fournitures militaires. »
Franklin Roosevelt et les autres chefs politiques de l’Etat impérialiste américain (par exemple le ministre de la Guerre Henry L. Stimson et le ministre du Trésor Henry Morgenthau) connaissaient les rouages intimes des grandes entreprises industrielles et des banques. Leur expérience de première main leur avait appris qu’ils ne pouvaient pas compter sur les mécanismes normaux du marché capitaliste pour maximiser la production d’armements en un minimum de temps. On donna donc aux grands industriels comme Henry Ford et Henry Kaiser l’assurance de profits garantis, grâce à la méthode dite du « prix de revient majoré » pour fixer les prix d’achat par l’Etat. On achetait à leurs entreprises les cuirassés, les bombardiers, les tanks, etc., en leur payant un montant correspondant au prix de revient qu’elles déclaraient, plus une marge bénéficiaire supplémentaire. Sur toute la durée de la guerre, les profits après impôts des entreprises industrielles augmentèrent de 120 %.
Bien plus important de par ses effets économiques à long terme fut le financement direct par le gouvernement de la construction d’usines et autres infrastructures industrielles. Gordon souligne que le nombre de machines-outils (l’ingrédient essentiel d’une économie industrielle) doubla entre 1940 et 1945, et que « presque toutes ces nouvelles machines-outils furent financées par le gouvernement et non par des entreprises privées ». La gigantesque chaîne d’assemblage de bombardiers construite par Ford à Willow Run, dans le Michigan, fut financée par 1e gouvernement. Il en fut de même de grands oléoducs, toujours en service aujourd’hui, construits pour relier les champs pétroliers du Texas au nord-est des Etats-Unis. En outre, les principales technologies à la base de la « troisième révolution industrielle » de Gordon, à partir des années 1960, tiraient aussi leur origine des recherches de l’armée américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le prototype des gros ordinateurs, l’ENIAC (Electronic Numerical Integrator and Computer), fut développé par des savants et des ingénieurs de l’université de Pennsylvanie employés par le ministère de la guerre.
Quand l’Etat capitaliste-impérialiste américain maximisait la production, la productivité du travail et l’innovation technologique, c’était pour semer la mort et la destruction chez d’autres peuples. La percée scientifique et technique peut-être la plus importante du XXe siècle, la maîtrise de l’énergie nucléaire, fut utilisée pour incinérer la population civile des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki.
Gordon contre les « techno-optimistes »
Dans son livre, Gordon désigne comme son adversaire principal un courant intellectuel qu’il a baptisé les « techno-optimistes » – ceux qui prévoient que des techniques nouvelles, comme la robotique et l’intelligence artificielle, amèneront l’économie américaine à l’orée d’une vague de croissance économique. Comme Gordon, ces techno-optimistes (parmi lesquels Joel Mokyr, un de ses collègues à la Northwestern University, ainsi qu’Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson au MIT) sont convaincus que c’est avant tout l’innovation technique qui détermine l’évolution de la société. Le désaccord porte sur deux questions très différentes. L’une concerne la sphère de la consommation immédiate, l’autre la sphère de la production dans l’avenir.
Gordon argumente que l’effet des nouvelles technologies de l’information et de la communication sur la qualité de la vie quotidienne a été relativement limité comparé aux innovations et inventions majeures de 1870 à 1970. Celles-ci vont de l’eau courante, de l’éclairage électrique et du chauffage central à l’automobile, aux avions et à la télévision :
« Il y a certes des innovations continuelles depuis 1970, mais elles ont un impact moindre qu’auparavant ; elles sont focalisées sur l’industrie du divertissement et les technologies de l’information et la communication (TIC) ; les avancées dans plusieurs dimensions du niveau de vie liées à l’alimentation, à l’habillement, à l’électroménager, au logement, aux transports, à la santé et aux conditions de travail sont moins rapides qu’avant 1970. »
A un autre niveau, la controverse entre Gordon et les techno-optimistes porte sur la « futurologie » : la plus ou moins grande probabilité que de nouvelles technologies avec un fort potentiel de transformation soient développées et adoptées à une large échelle dans un avenir proche. Des deux côtés, on considère implicitement que le capitalisme est le meilleur système pour encourager l’innovation technique. Des deux côtés, bien sûr, on écarte d’un revers de main la perspective d’une économie collectivisée et planifiée.
Mokyr a publié en 2014 un article intitulé « Le prochain âge des inventions : l’avenir de la technique est plus radieux que ne veulent l’admettre les pessimistes ». Il s’y enthousiasme pour les super-ordinateurs, l’impression 3-D, le génie génétique et autres merveilles. Il ne parle cependant nulle part de salaires, de coûts de production, de marchés ou de profits. Ces catégories fondamentales qui gouvernent la production capitaliste et les investissements dans les nouvelles technologies sont semblablement absentes de son article « Notre avenir économique est-il derrière nous ? » (29 novembre 2016), une brève polémique contre le dernier livre de Gordon. Au cas improbable où Mokyr serait nommé PDG d’Apple ou de General Electric, ces entreprises risqueraient la faillite. S’il suivait ses propres recommandations, Mokyr utiliserait les équipements les plus avancés et par conséquent les plus coûteux, sans se demander si cela augmenterait les coûts de production au-delà de ceux des entreprises concurrentes.
Dans son article de 2014, Mokyr avance un argument économique à l’appui du techno-optimisme : « Une deuxième raison pour laquelle le progrès technique se poursuivra à un rythme soutenu est liée à l’émergence d’un marché mondial concurrentiel, qui encouragera la dissémination des nouvelles technologies à partir de leur lieu d’origine vers de nouveaux utilisateurs qui ne souhaiteront pas rester en arrière. » En fait, l’expansion du commerce international et de l’exportation des capitaux ne constitue guère un encouragement sans ambiguïté au développement technique. A l’époque impérialiste, l’économie internationale se heurte aux mêmes Etats-nations sur lesquels les impérialistes basent leur pouvoir, et qui constituent un obstacle au développement des forces productives de l’humanité. La production en Europe, au Japon et à certains endroits en Asie utilise effectivement des méthodes modernes. Mais le fait qu’il existe un immense réservoir de main-d’œuvre bon marché disponible dans le sous-continent indien, en Extrême-Orient et en Amérique latine a tendance à inhiber les investissements dans des technologies permettant d’économiser la main-d’œuvre, que ce soit dans le tiers-monde ou dans les centres impérialistes.
Quand les entreprises industrielles américaines ou européennes transfèrent leurs activités industrielles dans des pays pauvres, elles ont souvent tendance à utiliser des méthodes de production avec une intensité capitalistique moindre. Prenons l’industrie de l’habillement. La technique existe pour pouvoir produire des vêtements dans des usines hautement automatisées à forte intensité capitalistique, mais les entreprises trouvent qu’il est meilleur marché d’employer des ouvriers dans des néocolonies opprimées comme le Bangladesh; ces ouvriers sont payés quelques cents pour coudre des vêtements dans des conditions de travail plus proches du XIXe que du XXIe siècle.
Dans les pays du « premier monde », les connaissances scientifiques et techniques actuelles ne sont pas non plus utilisées d’une façon rationnelle et bénéfique pour la société, et dans de nombreux cas elles sont délibérément employées de manière néfaste. Prenons la recherche médicale : d’importants moyens sont consacrés au traitement de la calvitie et des troubles de l’érection, tandis qu’on investit des sommes dérisoires dans de nouveaux médicaments et de nouveaux vaccins contre des maladies tropicales potentiellement mortelles.
Rien qu’aux Etats-Unis, environ 23 000 personnes meurent chaque année d’infections dues à des bactéries résistantes aux antibiotiques. Selon une étude financée par le gouvernement britannique, d’ici le milieu du XXIe siècle jusqu’à dix millions de personnes pourraient être tuées chaque année par des bactéries résistantes si l’on ne découvre pas de nouveaux traitements. Mais malgré ce besoin social urgent, la plupart des grandes sociétés pharmaceutiques internationales ont depuis longtemps arrêté le développement de nouveaux antibiotiques en invoquant des retours sur investissement insuffisants.
De même, environ 25 millions d’Américains souffrent de ce qu’on appelle des maladies rares, comme la maladie de Charcot, la mucoviscidose ou la drépanocytose, une maladie qui touche principalement les Noirs. Mais les investissements dans la recherche de traitements pour ce genre de maladies sont notoirement insuffisants, alors même que la recherche sur les maladies rares a souvent ouvert des voies prometteuses pour le traitement de maladies plus répandues. Le Centre pour le journalisme médical de l’université de Californie du Sud explique ainsi les réticences des sociétés pharmaceutiques : « La plupart des gens disent qu’investir dans le traitement des maladies rares – qui touchent des dizaines de milliers de personnes – n’est pas rationnel commercialement. »
Mokyr, McAfee, Brynjolfsson et compagnie, faisant fi des lois qui gouvernent le mode de production capitaliste, anticipent dans un avenir proche un bond qualitatif de la productivité grâce à l’utilisation de « techniques brillantes ». Gordon accepte implicitement les limitations du système capitaliste en niant la possibilité même d’un tel scénario. Concernant la robotique, il écrit : « L’augmentation exponentielle de la vitesse et de la mémoire des ordinateurs va bien plus vite que la capacité des robots à reproduire les mouvements humains. » Il n’avance aucun argument pour expliquer pourquoi ce fossé ne pourrait pas être dans une large mesure comblé par de futures avancées des connaissances scientifiques et techniques. Il n’étudie pas les ressources actuellement consacrées à la recherche en robotique.
La plus grande partie de la recherche scientifique universitaire est directement financée par le gouvernement fédéral, et la plus grande partie des financements fédéraux sont à visée militaire. Le budget américain a consacré 6,5 milliards de dollars en 2016 à la recherche-développement par l’intermédiaire de la National Science Foundation, tandis qu’à lui seul le budget de recherche-développement de l’Armée de l’Air américaine se montait à près de 27 milliards. La recherche en sciences physiques, y compris la robotique, vise comme objectif ultime (même si ce n’est pas à court terme) à construire de meilleurs drones et autres machines destinées à faire exploser des cibles et à tuer des gens pour défendre les intérêts de l’impérialisme capitaliste. Le financement de la recherche en mathématiques vise à mettre au point des algorithmes pour préserver les secrets et les agissements de l’Etat et à déchiffrer les secrets des autres. On estime que la National Security Agency est le plus grand employeur de mathématiciens aux Etats-Unis.
A tous les niveaux, malgré sa soif d’innovation technique, le capitalisme n’est pas l’allié du progrès scientifique mais son ennemi. Qu’il s’agisse des lois sur la propriété intellectuelle, des incitations perverses du marché ou des dizaines de milliards dépensés pour développer des armes plus efficaces, le capitalisme oriente la recherche en fonction des intérêts de la classe dirigeante et de son appareil d’Etat. Si les mêmes ressources étaient consacrées à faire avancer la connaissance humaine, à augmenter le bonheur humain et à donner à l’humanité la maîtrise de son destin, ce qui pourrait être réalisé est presque inimaginable. Il faudra pour cela renverser le système capitaliste-impérialiste par une série de révolutions prolétariennes et jeter ainsi les bases d’une économie socialiste planifiée à l’échelle mondiale. C’est pour diriger le prolétariat dans cette lutte que la Ligue communiste internationale se bat pour reforger la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/223/economistes.html
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Défense de la Chine contre l’impérialisme et la contre-révolution ! Hystérie chauvine contre l’acier chinois

https://archive.is/jkbLl
Le Bolchévik nº 218 Décembre 2016
L’article ci-dessous est traduit de Workers Vanguard, le journal de la Spartacist League/U.S. (n° 1098, 21 octobre).
Alors que les menaces de licenciements et de fermetures d’usines se multiplient dans la sidérurgie au niveau international, une campagne chauvine hystérique contre les importations d’acier chinois est attisée par les gouvernements, les médias, les patrons de la sidérurgie et les responsables syndicaux aux Etats-Unis et en Europe. Les candidats à la présidentielle américaine, le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton (et précédemment Bernie Sanders), poussent à une guerre commerciale anti-chinoise, avec la sidérurgie en première ligne. En mai dernier, l’administration Obama a imposé des droits de douane astronomiques de plus de 500 % sur les importations chinoises d’acier laminé à froid (utilisé pour les carrosseries de voiture, l’électroménager et le bâtiment) et de 451 % sur l’acier inoxydable chinois. Peu après, la commission américaine du commerce international acceptait d’étudier la demande de la société U.S Steel d’interdire totalement les importations d’acier chinois, avec une décision attendue en début de mandat du prochain président.
Alliés dans cette affaire au patronat de la sidérurgie, les dirigeants traîtres des syndicats agitent depuis longtemps le drapeau du protectionnisme sous le mot d’ordre « l’Amérique d’abord ». Sous cette bannière, ces vendus ont continuellement laissé détruire des acquis qui avaient été arrachés par des luttes acharnées de la classe ouvrière – noire, blanche ou immigrée. Leo Gerard, le président international de l’United Steelworkers Union (USW), appelait au printemps dernier Washington à « interdire » l’acier chinois. En même temps, les pontes de l’USW signaient avec les principales compagnies sidérurgiques de nouveaux accords d’entreprises incluant des gels de salaires, des coupes sombres dans les retraites et la couverture médicale et un engagement du syndicat à ne pas faire grève alors même que des usines fermaient et que des centaines d’ouvriers étaient licenciés.
En Europe plusieurs syndicats ont participé, le 15 février 2016 à Bruxelles, à un rassemblement de quelque 5 000 personnes à l’appel de la fédération patronale européenne de l’acier Eurofer pour exiger de l’Union européenne (UE) qu’elle édicte elle aussi des mesures protectionnistes. Le 11 avril, le syndicat allemand IG Metall et le patronat allemand de l’acier ont agi de concert pour mobiliser des dizaines de milliers de sidérurgistes lors de semblables manifestations chauvines et anti-chinoises.
Les propriétaires capitalistes des géants de l’acier comme ArcelorMittal, U.S. Steel, Nucor, Thyssen Krupp, Nippon Steel, Tata Steel, Posco, etc., ont extorqué depuis des décennies d’énormes profits aux ouvriers aux dépens des emplois, des salaires et des retraites. Pour y parvenir, ils ont cassé les grèves et utilisé l’arme du lock-out contre les ouvriers.
Tout comme la bureaucratie syndicale américaine a laissé les syndicats se réduire comme peau de chagrin aux Etats-Unis, ses homologues européens ont saboté la lutte contre l’austérité. Il est indécent que les chefs de syndicats aussi puissants potentiellement que l’USW, l’IG Metall, UNITE et GMB en Grande-Bretagne ou les confédérations syndicales françaises (CGT, CFDT, FO) fassent cause commune avec l’ennemi de classe pour exiger que l’Etat capitaliste prenne des mesures économiques contre la Chine. Dans l’économie mondiale créée par le capitalisme, le prolétariat est une classe internationale. Ce qu’il nous faut, c’est l’unité des travailleurs contre les capitalistes au sein de chaque pays comme au niveau international.
Les bureaucrates syndicaux qui appellent à une guerre commerciale réactionnaire contre la Chine disent vouloir protéger les emplois et les salaires des travailleurs contre la « concurrence déloyale » et le « dumping ». Le chauvinisme des bureaucrates dans ce pays, soi-disant pour « sauver les emplois américains », accrédite le mensonge selon lequel les travailleurs aux Etats-Unis partageraient un « intérêt national » commun avec leurs exploiteurs. Une telle collaboration de classes sape toute perspective de mener la lutte de classe qui est nécessaire pour préserver et accroître les emplois, les salaires, les retraites et la couverture médicale. En faisant porter aux travailleurs des autres pays la responsabilité des suppressions d’emplois aux Etats-Unis, le protectionnisme contribue aussi à alimenter le chauvinisme contre les travailleurs asiatiques et latino-américains aux Etats-Unis mêmes et à ruiner la possibilité d’une solidarité ouvrière internationale.
Ce que les maîtres de forges « protègent » avant tout, c’est leur taux de profit monopoliste. La campagne anti-chinoise des impérialistes a également un but politique plus large. Tout d’abord, elle vise à faire de la Chine le bouc émissaire de la stagnation et du déclin de l’économie capitaliste mondiale. Nous avons démenti ces assertions dans notre article « La Chine et l’économie mondiale : le mythe et la réalité » (le Bolchévik n° 214, décembre 2015).
La guerre commerciale qui s’intensifie contre la Chine n’est qu’une partie d’une offensive plus globale, centrée sur la pression militaire combinée avec la pénétration économique capitaliste, dont le but ultime est de restaurer le capitalisme en Chine et de rouvrir ce pays à une exploitation impérialiste sans entraves. La Révolution chinoise de 1949, qui était basée sur la paysannerie, a renversé le pouvoir des capitalistes et des propriétaires terriens et elle a conduit à la mise en place des fondements économiques du pouvoir ouvrier : propriété collectivisée des forces productives et planification économique. Toutefois, l’Etat ouvrier qui en a résulté était déformé dès sa naissance par le pouvoir d’une caste bureaucratique parasitaire qui avait exclu la classe ouvrière du pouvoir politique. Malgré cela, l’économie collectivisée a permis de libérer la Chine de la domination impérialiste, de faire sortir de la pauvreté des centaines de millions de personnes, de réaliser l’alphabétisation de masse et d’ouvrir des opportunités sans précédent aux femmes chinoises qui, avant la révolution, étaient à peine considérées comme des êtres humains.
La démocratie prolétarienne est essentielle pour faire fonctionner de façon rationnelle une économie collectivisée. Mais ceci est incompatible avec le régime bureaucratique des staliniens chinois. Au lieu de cela, les staliniens de Pékin cherchent depuis plusieurs décennies à corriger le gaspillage et l’inefficacité de la planification centrale bureaucratique par la discipline du marché. En encourageant la croissance d’une classe capitaliste domestique et en comptant sur les investissements capitalistes étrangers, les « réformes » de marché accroissent grandement la menace de contre-révolution interne. En même temps qu’elles apportent une expansion économique qui a amélioré le niveau de vie d’une grande partie de la population, les réformes de marché conduisent aussi à un énorme accroissement des inégalités sociales. Néanmoins, le noyau central de l’économie chinoise demeure collectivisé.
Tout comme les ouvriers dans les pays capitalistes doivent défendre leurs syndicats contre les patrons malgré la direction syndicale corrompue en place aujourd’hui, ils doivent défendre l’Etat ouvrier chinois contre la contre-révolution capitaliste malgré la bureaucratie stalinienne au pouvoir. Les bureaucrates syndicaux aux Etats-Unis sont dévoués au système capitaliste de profit et ils enchaînent politiquement les travailleurs à l’ennemi de classe en prêtant allégeance au Parti démocrate. Ils doivent être éjectés de leurs postes à la tête des syndicats au moyen d’une bataille politique, et remplacés par une direction lutte de classe déterminée à renverser l’ordre capitaliste. En Chine, la caste bureaucratique doit être chassée par une révolution politique prolétarienne pour préserver et étendre les formes de propriété ouvrières créées par la Révolution de 1949.
L’acier : mensonges et réalités
La production d’acier est essentielle à une économie industrielle moderne, et elle est critique pour la défense militaire. La Chine a le droit de protéger son industrie de la concurrence capitaliste et d’exporter l’acier sur le marché mondial, même à un prix inférieur au coût de production. Quand les impérialistes exigent de la Chine qu’elle renonce aux « subventions étatiques » dans la sidérurgie, cela revient en fait à exiger sa privatisation complète, c’est-à-dire le renversement des formes de propriété collectivisées.
Ceux qui jettent l’anathème sur la Chine dénoncent les flots d’acier qui seraient déversés par les usines chinoises pour « inonder » le marché mondial, tirer les prix vers le bas et contraindre les autres producteurs à fermer boutique. Le Wall Street Journal (25 avril) évoque un « flot d’acier chinois qui pèse sur l’industrie américaine », tandis que Dave Hulse, responsable national du syndicat britannique GMB, déclare que « ce dumping doit cesser, sinon les emplois dans la sidérurgie du Royaume-Uni vont simplement fondre comme neige au soleil ». La Chine est rendue responsable de « Pourquoi le monde a trop d’acier », selon la formule de l’Economist de Londres (4 mai).
En fait, le monde a besoin de beaucoup plus d’acier, comme on peut le voir en jetant un coup d’œil au délabrement des infrastructures aux Etats-Unis ou au sous-développement économique imposé au monde néocolonial. Il n’y a « surproduction » d’acier sur le marché mondial que par rapport à la stagnation et au déclin des économies capitalistes suite à la crise financière mondiale de 2008.
Cet effondrement et la récession qui a suivi étaient le résultat du système de profit capitaliste anarchique, tout comme les licenciements et les fermetures d’usine aujourd’hui dans la sidérurgie. Mesurée par ce que l’on appelle l’utilisation réelle d’acier, la consommation d’acier aux Etats-Unis a diminué de 3 % entre 2007 et 2014. Elle a chuté de 11 % au Japon et de carrément 30 % dans l’UE. Comme l’expliquait en avril dernier un porte-parole du Ministère chinois du Commerce : « L’acier est la nourriture de l’industrie, la nourriture du développement économique. Aujourd’hui, le problème majeur est que les pays qui ont besoin de nourriture n’ont pas beaucoup d’appétit, et donc cela donne l’impression qu’il y a trop de nourriture. »
Pendant cette même période, l’utilisation réelle d’acier en Chine a augmenté de 175 % avec le lancement par Pékin d’un ambitieux programme de développement des infrastructures. Aujourd’hui, la Chine produit environ la moitié de l’acier mondial, contre 15 % en 2000. Le taux de croissance annuel de l’économie chinoise est aujourd’hui supérieur à 6 %, alors que les pays capitalistes avancés peinent à faire mieux que 2 % et restent constamment sous la menace d’une crise et d’une récession. En réponse aux pressions du secrétaire au Commerce des Etats-Unis pour que la Chine réduise drastiquement ses capacités de production d’acier, le ministre chinois des Finances Lou Jiwei faisait remarquer lors d’une conférence de presse le 6 juin que l’excédent de capacité de la Chine est le résultat des investissements dans les infrastructures pendant la crise économique mondiale de 2009-2011 ; dans cette période, la Chine a contribué pour plus de la moitié de la croissance économique mondiale. Il ajoutait : « A cette époque, le monde entier applaudissait la Chine et remerciait la Chine, mais maintenant ils disent que la capacité de production excédentaire de la Chine asphyxie le monde. Que disaient-ils à ce moment-là ? » (cctvplus.tv).
Jusqu’à une période récente, l’acier produit en Chine était utilisé presque totalement en Chine même. Pékin essaie ces dernières années de réorienter l’économie vers le marché de la consommation intérieure. Cela a entraîné une diminution des exportations et des projets d’infrastructure, ce qui s’est traduit par une moindre demande intérieure d’acier. Si la Chine était un pays capitaliste, la solution aurait été simple et brutale : des licenciements massifs d’ouvriers sidérurgistes. Mais même si le gouvernement chinois a annoncé des plans pour réduire la capacité de production d’acier et fermer des mines de charbon, il craint les protestations ouvrières et les grèves de masse que provoqueraient des licenciements massifs. Du coup, le gouvernement hésite à réduire la production trop précipitamment et il vend l’excédent d’acier sur le marché mondial. Les usines qualifiées de « zombies », essentiellement des entreprises d’Etat dans la sidérurgie et d’autres secteurs affectés par ce problème comme les cimenteries, continuent à payer leurs ouvriers et accumulent pertes et dettes – quelque chose d’inconcevable dans le monde capitaliste.
Ceux qui prônent des droits de douane « anti-dumping » prétendent souvent que les producteurs étrangers vendent en-dessous du coût de production – que cela soit ou non le cas. La base selon laquelle les impérialistes estiment le coût de production de l’acier chinois est ce qu’on appelle la « méthode de comparaison » : ils calculent le coût de production dans un pays ayant un revenu moyen similaire (comme la Pologne, la Thaïlande ou l’Afrique du Sud) et le déclarent simplement équivalent au coût chinois. Même un porte-voix de l’impérialisme comme le New York Times (3 mai) est bien obligé de reconnaître que « les pays comparables ont souvent des coûts plus élevés que la Chine, qui bénéficie d’économies d’échelle plus importantes ».
Du fait de son énorme volume de production, la Chine exporte aujourd’hui en une année à peu près autant d’acier qu’en produit le Japon, le deuxième producteur mondial. Toutefois, les exportations d’acier chinois ne représentent qu’environ 12 % de sa production totale. C’est une proportion substantiellement plus faible que celle du Japon et de la Corée du Sud (qui exportent chacun autour de 40 % de leur production) ou même du Brésil, de la Turquie et de la Russie.
La prétendue « inondation » des Etats-Unis et de l’Europe par l’acier chinois n’est en fait qu’un modeste filet d’eau. Le principal exportateur d’acier vers les Etats-Unis est le Canada (19 % du total), suivi du Brésil, de la Corée du Sud, du Mexique, de la Turquie et du Japon. La Chine représente moins de 3 % des importations d’acier aux Etats-Unis et moins de 1 % du marché total de l’acier dans ce pays. Quant à l’UE, si les importations d’acier chinois y sont plus importantes qu’aux Etats-Unis, elles ne représentent qu’environ 4 % de la demande totale. Pourtant, depuis août, l’UE a frappé plusieurs produits sidérurgiques chinois de droits de douane allant jusqu’à 73 %.
Il est particulièrement absurde de rendre les importations chinoises responsables du déclin de l’acier britannique. Lorsque la British Steel Corporation fut créée suite à la nationalisation de l’industrie par le gouvernement travailliste en 1967, elle employait 268 500 ouvriers. Deux ans après la nomination de Margaret Thatcher au poste de Premier Ministre en 1979, les effectifs avaient été drastiquement ramenés à seulement 88 200. Thatcher privatisa British Steel en 1988, et la chute des effectifs se poursuivit. La demande d’acier ayant baissé suite à l’austérité imposée par les gouvernements successifs, Tata Steel, qui détient ce qui reste de British Steel, a menacé de fermer la plupart de ses aciéries britanniques.
En Allemagne, l’emploi dans la sidérurgie a commencé à diminuer à partir des années 1980 et la productivité s’est améliorée, ce qui a conduit à une augmentation globale de la production. A l’Ouest, la région industrielle de la Ruhr a été dévastée par les fermetures d’usine et les restructurations. Ces pertes d’emplois se sont faites sans aucune lutte sérieuse de la part des dirigeants syndicaux traîtres. Lorsque l’Etat ouvrier déformé est-allemand a succombé face à la contre-révolution en 1990, les nouveaux maîtres capitalistes ont opéré des licenciements massifs et des fermetures d’usine également à l’Est. La Chine est loin d’être la cause des problèmes économiques de l’Allemagne. Bien au contraire, les exportations de produits en tous genres vers la Chine ont été un facteur substantiel de la réussite économique de l’Allemagne, comparée aux puissances capitalistes rivales. Etant donné que beaucoup de ses entreprises dépendent aussi de fournisseurs chinois, une partie importante de la bourgeoisie allemande – ainsi que la classe ouvrière – aurait beaucoup à perdre dans une guerre commerciale avec la Chine.
L’Asie se taille la part du lion dans les exportations d’acier chinois. C’est dans une large mesure le résultat de la politique du gouvernement chinois de construire des infrastructures dans la région dans le cadre de son projet « Une ceinture, une route ». La Chine, qui cherche à contrecarrer les efforts de l’impérialisme américain (et japonais) pour endiguer son influence, affirme qu’elle est prête à investir quatre mille milliards de dollars dans ce projet (également appelé « Nouvelle route de la soie ») qui comporte de multiples réseaux commerciaux connectant l’Asie et l’Europe de l’Ouest, notamment des pipelines, des chemins de fer et des autoroutes.
Dumping et capital monopoliste
La sidérurgie chinoise, comme l’économie chinoise dans son ensemble, fonctionne d’une façon fondamentalement différente du capitalisme. L’objectif principal de la production en Chine n’est pas de maximiser les profits ou d’accaparer une plus grande part du marché mondial. Les « pratiques commerciales déloyales » dont la Chine est accusée sont plutôt typiques des pratiques monopolistes des trusts et cartels qui dominent l’industrie dans les pays capitalistes. Les requins de l’industrie, comme le magnat américain de l’acier Andrew Carnegie, étaient passés maîtres dans des techniques comme vendre en dessous du coût de production dans le but de ruiner leurs concurrents – techniques qu’ils employaient en même temps qu’ils massacraient les ouvriers en grève. Les maîtres de forges d’aujourd’hui sont faits du même bois. Quand ils espèrent accaparer une part de marché plus grande en vendant bon marché à l’étranger, ils réclament « la liberté du commerce ». Quand ils font eux-mêmes face à des concurrents qui vendent à meilleur prix, ils demandent l’intervention de leur gouvernement pour que celui-ci leur redonne l’avantage à coups de barrières douanières et de subventions.
L’époque où prévalait la libre concurrence est révolue depuis au moins le début du XXe siècle, quand le capitalisme est entré dans sa phase de décadence impérialiste. Plusieurs décennies auparavant, Karl Marx avait montré que la libre concurrence donne naissance à la concentration de la production, qui à son tour, à un certain stade de développement, conduit au monopole. Une poignée d’entreprises géantes acquièrent la capacité de manipuler la production et les prix dans le but de maximiser les profits tout au long du cycle capitaliste où alternent phases de prospérité et récessions économiques. Dans son ouvrage de 1916 l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine a démontré qu’au début des années 1900, le capital financier monopoliste était devenu dominant dans les pays capitalistes les plus avancés.
Les grandes entreprises sont en concurrence les unes avec les autres pour dominer le marché. Celles qui ne résistent pas à la concurrence sont impitoyablement poussées vers la faillite. Comme le faisait remarquer Lénine, « le monopole s’ouvre un chemin partout et par tous les moyens, depuis le paiement d’une “modeste” indemnité jusqu’au “recours”, à la façon américaine, au dynamitage du concurrent ». C’est pareil aujourd’hui. En 2014, U.S. Steel, ArcelorMittal et d’autres sociétés ont été contraintes de négocier un accord de « plaider coupable » suite à une action judiciaire où elles étaient accusées de s’être entendues pour réduire la production afin de faire monter les prix, dans la plus pure tradition des requins de l’industrie.
Avec l’avènement de l’impérialisme, le capital financier se retrouve concentré entre les mains d’une poignée de banques géantes, qui exercent un immense pouvoir sur l’économie. Le capital financier mondial est dominé par les pays capitalistes les plus avancés, qui cherchent à contrôler les ressources naturelles, les marchés et les sources de main-d’œuvre bon marché dans le monde entier. C’est ce qui conduit au cycle sans fin des guerres néocoloniales ainsi qu’aux efforts constants pour restaurer le capitalisme en Chine et dans les autres Etats ouvriers déformés (Cuba, Laos, Corée du Nord et Vietnam). En dernier ressort, lorsque la concurrence économique entre puissances impérialistes ne peut plus être arbitrée par des voies pacifiques, le monde plonge dans la guerre inter-impérialiste, comme cela s’est produit par deux fois au cours du siècle dernier.
La sidérurgie est le meilleur exemple de capitalisme monopoliste impérialiste. Aux Etats-Unis, le géant United States Steel Corporation fut créé en 1901 avec le rachat de Carnegie Steel par le magnat de la banque J.P. Morgan ; c’était l’aboutissement des efforts pour créer un trust de l’acier couvrant l’ensemble du pays et intégrant l’ensemble du procès de production, des mines jusqu’au produit fini. A ses débuts, ce monopole produisait les deux tiers de l’acier américain. A cette époque, l’acier allemand était dominé par les empires Krupp et Thyssen, devenus depuis ThyssenKrupp. La sidérurgie japonaise était intégrée aux zaibatsu, des monopoles immenses parrainés par l’Etat, dont les descendants modernes sont appelés keiretsu. Une récente consolidation a réduit au nombre de trois les grands producteurs d’acier japonais ; le plus grand d’entre eux est Nippon Steel, troisième producteur mondial en 2015. ArcelorMittal, la plus grosse société sidérurgique au monde, est le résultat d’une série de fusions de sociétés opérant en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.
Dans les années 1920, les Etats-Unis produisaient la moitié de l’acier mondial, et au lendemain du carnage de la Deuxième Guerre mondiale ils étaient devenus la puissance impérialiste dominante, avec une suprématie écrasante. Dans les années 1950, les rivaux vaincus de l’Amérique – l’Allemagne et le Japon – reconstruisirent leurs industries dévastées en utilisant les nouvelles technologies, plus productives, comme la coulée continue et le convertisseur à oxygène pur. Pendant ce temps, le cartel de l’U.S. Steel investissait peu dans la modernisation. Devenues non compétitives sur le marché mondial dans les années 1970, les plus grandes entreprises américaines n’étaient plus en mesure de générer suffisamment de profits pour satisfaire leurs investisseurs capitalistes. Les aciéries à l’abandon commencèrent à se multiplier dans le paysage de la « ceinture de la rouille » du Middle-West américain. Aujourd’hui, la part de l’acier mondial produit aux Etats-Unis est inférieure à 5 %.
Une bonne partie de la production d’acier américain a été transférée vers des mini-usines low-cost, plus petites et largement non syndiquées, qui utilisent des fours à arc électrique, plus efficaces, pour fabriquer de l’acier essentiellement à partir de ferraille. En 2005, l’industrie produisait autant d’acier qu’au début des années 1960, mais avec cinq fois moins de main-d’œuvre. Les immenses profits soutirés aux ouvriers allaient dans les poches des riches actionnaires capitalistes, pendant que les retraites étaient drastiquement réduites et que les salaires et les prestations sociales et de santé stagnaient ou diminuaient. De leur côté, les pontes du syndicat USW n’ont fait aucun effort sérieux pour syndiquer les usines non syndiquées. Aujourd’hui, après plusieurs crises économiques, la sidérurgie s’est à nouveau concentrée suite à une série de faillites et de fusions. Les cinq plus grandes entreprises – dont la principale est Nucor, un opérateur de mini-usines viscéralement anti-syndicats – représentent aujourd’hui plus des deux tiers de la production américaine d’acier.
La destruction des salaires et des conditions de vie des ouvriers sidérurgistes prend ses racines dans le système capitaliste de production pour le profit. Face à la paupérisation continuelle du prolétariat, la puissance du mouvement ouvrier doit être mobilisée pour un combat lutte de classe autour d’une série de revendications transitoires qui remettront en cause les droits de propriété des capitalistes. Parmi ces revendications figurent l’échelle mobile des salaires et des heures de travail – la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire pour mettre fin aux licenciements ; un programme massif de travaux publics pour restaurer et étendre les infrastructures aujourd’hui délabrées et donner du travail à tous, avec des salaires au tarif syndical ; et là où c’est nécessaire des formations-reconversions pour les ouvriers avec salaire à taux plein payé par les capitalistes. Pour mener ce combat, la classe ouvrière aura besoin d’arracher l’industrie et les transports des mains des capitalistes et de mettre en place un gouvernement ouvrier qui reconstruira la société sur la base d’une économie socialiste planifiée.
Pour l’internationalisme prolétarien !
La sidérurgie chinoise comprend à la fois de gigantesques entreprises d’Etat avancées, contrôlées par le gouvernement central, et une pléthore de petites aciéries dispersées et utilisant généralement des technologies moins avancées, qui appartiennent au secteur privé ou aux autorités locales. Les entreprises officiellement privées produisent plus de la moitié de l’acier chinois – contre seulement 5 % en 2003. Pékin exerce le contrôle effectif sur la sidérurgie, non seulement par l’intermédiaire des grands « champions nationaux » étatisés comme Baosteel et Hebei Steel (qui figurent tous deux parmi les cinq premiers producteurs mondiaux), mais aussi indirectement à travers le contrôle du système financier et autres leviers à la disposition du gouvernement central. Les petites entreprises qui ont proliféré pour profiter du développement massif des infrastructures décidé par Pékin, et les grandes entreprises d’Etat qui produisent pour le marché, ont toutes contribué à exacerber l’excédent de capacités de production d’acier en Chine quand les dépenses d’infrastructures ont commencé à se tarir.
Pékin a annoncé des plans pour réduire d’au moins 10 % la capacité de production d’acier et d’extraction de charbon au cours des prochaines années, ce qui éliminerait au moins 1,8 million d’emplois. Beaucoup d’entreprises privées ont tout simplement fermé, laissant souvent des mois d’arriérés de salaires dus à leurs ouvriers. Ces fermetures, ainsi que les réductions d’effectifs dans les entreprises d’Etat, ont provoqué une flambée de grèves et d’actions de protestation ouvrières, qui auraient doublé en 2015 par rapport à l’année précédente. Dans la seule province du Hebei, qui produit un quart de l’acier chinois, il y a eu 300 grèves entre janvier 2015 et mars 2016. S’il réprime fréquemment les protestations, le régime de Xi Jinping a aussi annoncé une enveloppe de 100 milliards de yuan sur deux ans (près de 4 000 euros par ouvrier et par an) pour aider les ouvriers licenciés. Il a également budgété l’équivalent de plusieurs milliards d’euros pour financer des prestations sociales et des mesures de formation.
Malgré les spectaculaires percées économiques réalisées depuis vingt ans, la Chine reste un pays pauvre par rapport aux puissances impérialistes. La perspective de la bureaucratie chinoise, qui est de faire passer la Chine d’une économie basée sur une industrie manufacturière tirée par l’exportation à une économie centrée sur la demande intérieure de produits de consommation et de services, exigerait la transformation de la vaste population rurale chinoise en une masse de consommateurs modernes. Ce plan met en lumière le défi fondamental à long terme auquel le pays est confronté : combler le fossé économique entre la Chine urbaine et les campagnes, plus retardataires et plus pauvres.
Pour commencer à combler ce fossé, il faudra une redistribution et une réaffectation massives des ressources économiques. Les fermes chinoises, qui représentent plus de 200 millions de petits lopins paysans de moins d’un demi-hectare en moyenne, fournissent à peine un revenu suffisant pour vivre, sans même parler d’une épargne qui pourrait être investie dans la modernisation agricole. La modernisation sociale et économique nécessite de passer des petites parcelles à une agriculture mécanisée à grande échelle, ce qui passera notamment par la re-collectivisation volontaire de l’agriculture.
L’introduction de la technologie moderne dans les campagnes nécessite une base industrielle qualitativement supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Réciproquement, une augmentation de la productivité agricole fera naître le besoin d’une énorme expansion des emplois industriels dans les zones urbaines, de manière à absorber le vaste surplus de main-d’œuvre qui ne sera plus nécessaire dans les campagnes. En dernier ressort, la réalisation de cette perspective reposera nécessairement sur l’aide que la Chine obtiendra d’un Japon ou d’une Amérique socialistes.
Cette réalité souligne la nécessité d’une révolution prolétarienne internationale. Les dirigeants du Parti communiste au pouvoir croient à tort qu’ils peuvent moderniser la Chine et en faire une grande puissance mondiale – et même la superpuissance mondiale du XXIe siècle – face aux armées plus puissantes et à la technologie plus avancée des impérialistes. Cette politique est l’expression du dogme nationaliste stalinien du « socialisme dans un seul pays », qui s’accompagne d’une vaine quête de « coexistence pacifique » avec l’impérialisme. Cette fable antimarxiste ne cesse de saper la défense des Etats ouvriers, en particulier en conduisant à trahir des révolutions prolétariennes dans les autres pays.
L’émergence de l’impérialisme à l’aube du XXe siècle a ouvert l’époque de la décadence capitaliste, des guerres et des révolutions, dans laquelle nous vivons toujours. Ce système décadent doit être balayé par la révolution socialiste internationale. Seule la création d’une économie planifiée internationale peut libérer les forces productives nécessaires pour abolir la pénurie dans le monde entier et poser les bases d’une société socialiste où la division en classes et l’exploitation seront de l’histoire ancienne.
Pour apporter cette conscience au prolétariat et lui donner une direction dans la lutte, il faut un parti révolutionnaire international, avec des sections dans tous les pays du monde. Ce parti doit se fonder sur les leçons de la Révolution russe victorieuse de 1917, dirigée par les bolchéviks de Lénine et Trotsky. La Ligue communiste internationale, dont la Spartacist League/U.S. est la section américaine, est déterminée à se battre pour reforger la Quatrième Internationale, parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/218/chine.html
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La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

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Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
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PS, PCF, PG, NPA prônent l’alliance avec leur propre bourgeoisie contre les travailleurs d’autres pays - Le protectionnisme : une réponse réactionnaire aux attaques capitalistes (Septembre 2011)

https://archive.is/JgqX7
Le Bolchévik nº 197 Septembre 2011
Trois ans après le déclenchement de la grande crise économique, nous sommes à la veille d’une nouvelle récession qui risque d’être encore plus meurtrière pour les travailleurs et les opprimés du monde que celle de 2008-2009. Lorsque la crise avait éclaté au grand jour il y a trois ans, les gouvernements capitalistes s’étaient précipités pour dépenser des milliers de milliards d’euros pour sauver les banques. Maintenant ils présentent la facture aux travailleurs et aux opprimés avec des plans d’austérité drastiques ; l’augmentation des taxes sur le tabac, l’alcool et même les boissons sucrées, ainsi que sur les mutuelles de santé notamment, vont frapper avant tout les revenus les plus faibles. La seule réponse des capitalistes à la crise est de saccager encore plus tout ce qui pourrait rendre la vie plus ou moins vivable pour la grande masse de la population (sans compter les campagnes d’ordre moral anti-sexe).
Les travailleurs et les opprimés doivent absolument combattre ces réactionnaires au pouvoir. La classe ouvrière a montré il y a un an avec la lutte en défense des retraites qu’elle est prête à se battre. Mais ses luttes sont paralysées par ses directions réformistes qui acceptent l’inévitabilité de l’austérité capitaliste, se contentant de plaider pour atténuer un peu les coups.
Les crises économiques cycliques sont inhérentes au système de production capitaliste, car celui-ci est basé sur la propriété privée des moyens de production. Dans ce système irrationnel le but n’est pas de produire selon les besoins de la population ; les capitalistes produisent uniquement dans la mesure où cela leur rapporte des profits. Pendant les périodes d’expansion et d’investissement, le taux de profit (le profit ramené au capital investi) a tendance à baisser : même lorsque la productivité augmente et pas les salaires, l’accroissement des profits par travailleur ne compense pas, en tendance, les capitaux croissants qu’il faut investir. La baisse tendancielle du taux de profit amène ainsi périodiquement des crises de « surproduction », non pas que l’on produise « trop » de voitures ou autres biens industriels pour les besoins de la population, mais ces biens ne peuvent plus être vendus avec le taux de profit escompté par les capitalistes. Comme l’écrivait Marx (le Capital, livre III) :
« On ne produit pas trop de subsistances proportionnellement à la population existante. Au contraire. On en produit trop peu pour satisfaire décemment et humainement la masse de la population. […] Mais on produit périodiquement trop de moyens de travail et de subsistances pour pouvoir les faire fonctionner comme moyens d’exploitation des ouvriers à un certain taux de profit. »
Les capitalistes disent que pour maintenir le système à flot (c’est-à-dire le flot des profits) il faut continuer à baisser les salaires, accroître la productivité, affaiblir encore plus les syndicats, détruire les salaires indirects perçus sous forme de couverture médicale, d’éducation pour les enfants et de retraites – ce qui en retour ne fait qu’aggraver la crise des débouchés.
La seule manière en dernier ressort de faire redémarrer l’économie capitaliste a toujours été une « purge » avec destruction massive de moyens de production sous forme d’effondrement de la Bourse, de fermetures d’usines et, au pire, de guerres dévastant des pays entiers. La grande crise de 1929 avait donné lieu à d’intenses luttes de classe quelques années plus tard un peu partout dans le monde ; mais la situation pré-révolutionnaire qu’il y avait eu en France, par exemple, en 1936, avait été trahie par les réformistes, essentiellement le PCF, qui avaient attaché les travailleurs aux radicaux bourgeois au travers du Front populaire, et qui avaient canalisé les luttes vers quelques maigres réformes votées au parlement. La crise n’avait été en définitive « résorbée » qu’avec le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, un conflit qui a fait 50 millions de victimes.
Ce système irrationnel a déjà conduit l’humanité au bord de l’abîme. Il n’est pas réformable, et il ne s’en ira pas de lui-même : il faut le renverser. Seule la classe ouvrière, qui produit les profits des capitalistes par son travail, a la force sociale et l’intérêt historique pour le faire, au moyen d’une révolution prolétarienne expropriant les capitalistes. Comme nous le disons dans notre Déclaration de principes (Spartacist édition française n° 32, printemps 1998) :
« La victoire du prolétariat à l’échelle mondiale mettrait une abondance matérielle encore inimaginée au service des besoins de l’humanité, créerait les conditions permettant d’éliminer les classes, d’éradiquer l’inégalité sociale basée sur le sexe et d’abolir la signification même, au niveau social, de race, de nation et d’ethnie. Pour la première fois, l’humanité saisira les rênes de l’histoire et contrôlera la société, sa propre création, ce qui se traduira par une émancipation du potentiel humain dépassant ce qu’on peut imaginer aujourd’hui et par un bond en avant monumental de la civilisation. C’est alors seulement qu’il sera possible de réaliser le libre développement de chaque individu, condition du libre développement de tous. »
Cet objectif paraît aujourd’hui utopique à beaucoup en cette période de démoralisation politique où les travailleurs ont été abreuvés par la bourgeoisie et leurs propagandistes sociaux-démocrates de mensonges que le communisme est soi-disant « mort » avec la destruction de l’Union soviétique il y a 20 ans. Mais il n’y a pas d’autre voie pour en finir avec ce système complètement pourri. En fait, la collectivisation des moyens de production marchait en URSS, malgré l’isolement de celle-ci et son encerclement par les impérialistes, et malgré le fait qu’elle avait rapidement eu sur le dos une bureaucratie nationaliste traîtresse. La bureaucratie stalinienne avait usurpé le pouvoir politique des mains des ouvriers ainsi que leur droit de discuter activement les destinées de la société ; elle a trahi les luttes ouvrières dans le monde en essayant sans cesse d’apaiser l’impérialisme mondial. Tous ces crimes ont sapé l’URSS de l’intérieur et ont en dernier ressort pavé la voie à la destruction de l’Union soviétique. Depuis règne en Russie la nostalgie de l’URSS où chacun avait un travail, un logement, etc.
Les attaques capitalistes provoqueront tôt ou tard des ripostes d’ampleur de la classe ouvrière. Contrairement aux années 1930, il n’y a plus guère aujourd’hui de communistes déclarés avec une base significative dans les syndicats. Mais même en l’absence de militants inspirés par de telles convictions, il surgira des dirigeants radicaux qui ne seront pas moins combatifs que ceux de cette époque. Le renouveau des luttes jettera les bases pour faire revivre et renforcer les syndicats avec une nouvelle direction lutte de classe. Notre raison d’être est de lutter pour construire un parti révolutionnaire, intervenant dans la lutte des classes, qui préserve et transmette aux travailleurs et aux opprimés les leçons chèrement acquises de la lutte de classe du prolétariat, et notamment de sa plus haute conquête, la Révolution d’octobre 1917 en Russie.
Rivalités interimpérialistes et division de la classe ouvrière
Cela fait maintenant plus de cent ans que le capitalisme a atteint un stade marqué par la domination du capital financier. Comme l’expliquait Lénine en 1916 dans son ouvrage l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme :
« Monopoles, oligarchie, tendances à la domination au lieu des tendances à la liberté, exploitation d’un nombre toujours croissant de nations petites ou faibles par une poignée de nations extrêmement riches ou puissantes : tout cela a donné naissance aux traits distinctifs de l’impérialisme qui le font caractériser comme un capitalisme parasitaire ou pourrissant. »
L’impérialisme, caractérisé par Lénine comme « la lutte de la bourgeoisie périclitante, caduque, pourrie, pour le partage du monde et l’asservissement des “petites” nations », est marqué par une aggravation générale des contradictions du capitalisme.
Lors des crises économiques, les rivalités des diverses économies nationales apparaissent soudain au grand jour avec une acuité exacerbée. On voit aujourd’hui comment la zone euro et l’Union européenne (UE) s’approchent inexorablement de l’éclatement au fur et à mesure que la bourgeoisie allemande accroît son hégémonie économique sur ses rivaux et sur les autres pays européens. L’UE est un consortium impérialiste éminemment instable, destiné à renforcer les bourgeoisies européennes, principalement les puissances qui dominent l’UE (l’Allemagne et la France), dans leur concurrence avec les Etats-Unis et le Japon, mais qui est miné par les rivalités entre classes capitalistes nationales antagoniques.
Ce consortium est tourné en même temps contre les classes ouvrières d’Europe et les immigrés. Nous disons depuis le début et répétons : A bas la forteresse raciste de l’Union européenne ! Pour les Etats-Unis socialistes d’Europe ! Nous avons voté contre le traité de Maastricht, expliquant que l’UE ne présageait nullement un pouvoir d’Etat capitaliste européen supranational et « ultra-impérialiste » (comme l’envisageaient des révisionnistes comme Kautsky il y a cent ans ou des cadres du futur Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) il y a quelques années). Comme l’expliquaient nos camarades allemands l’an dernier (le Bolchévik n° 193, septembre 2010) :
« Les origines de l’Union européenne remontent aux années 1950, quand les impérialistes d’Europe de l’Ouest, sous la conduite des Etats-Unis, se sont efforcés de stabiliser leur alliance contre l’Union soviétique au moyen d’un renforcement de la coopération économique. […] « Notre opposition de principe à la fois à l’OTAN – l’alliance militaire contre l’Union soviétique – et à l’UE et à ses prédécesseurs découlait de notre défense militaire inconditionnelle de l’Union soviétique, de la RDA et des autres Etats ouvriers déformés d’Europe de l’Est. La nature de l’UE a changé avec la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique en 1991-1992, quand a disparu l’objectif antisoviétique de l’UE. Pour affirmer plus efficacement leurs propres intérêts vis-à-vis de leur rival américain, l’Allemagne et la France – elles-mêmes puissances impérialistes rivales – ont cherché à améliorer leur coordination et, entre autres, à manœuvrer avec la Russie capitaliste. »
Les difficultés du capitalisme français sont aujourd’hui présentées dans la presse bourgeoise comme le résultat soi-disant de la supériorité technologique de l’Allemagne ou de l’agressivité commerciale et des pratiques « déloyales » de la Chine, qui menaceraient la « souveraineté financière et sociale » (comme dit François Fillon) de la France. La bourgeoisie, pour arracher à sa propre classe ouvrière les concessions qu’elle estime indispensables au rétablissement de sa compétitivité internationale, alimente volontiers ce genre de préjugés chez les travailleurs pour susciter une « unité nationale » nécessaire aux sacrifices exigés, y compris en dernier ressort pour transformer une partie de la jeunesse prolétarienne en chair à canon pour mener des guerres afin de se repartager le monde.
Chaque crise s’accompagne ainsi d’une montée du nationalisme, du chauvinisme et du racisme. Le gouvernement multiplie les mesures racistes pour présenter les travailleurs sans-papiers, immigrés avec des papiers ou descendants d’immigrés non européens comme responsables du chômage, du trou de la Sécu, de la dégradation du système éducatif, etc. C’est une manœuvre transparente pour diviser et affaiblir la classe ouvrière face aux attaques en cours. La classe ouvrière doit y riposter en luttant pour les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici, quelles que soient leur origine et leur situation légale et qu’ils aient un travail ou pas. Cela doit inclure en particulier le droit de travailler, et aux mêmes conditions : A travail égal, salaire égal ! A bas les discriminations raciales, nationales et sexuelles à l’embauche !
Cette lutte est inextricablement liée à la lutte pour unifier tous les travailleurs d’une entreprise donnée avec des contrats permanents pour tous selon une grille unique de salaires et d’avantages sociaux, que ces travailleurs soient permanents ou qu’ils soient sous-traitants, intérimaires ou en contrat précaire. Cela pose la nécessité de syndicats industriels regroupant tous ces travailleurs dans une seule organisation, et d’une direction révolutionnaire des syndicats, qui sera forgée dans une lutte pour réaliser ce programme. Plus largement, cela doit mener les travailleurs sur la voie de la lutte pour renverser tout ce système capitaliste alors qu’il s’avère incapable de satisfaire aucun des besoins vitaux de la classe ouvrière.
C’est de ce genre d’unité qu’a besoin la classe ouvrière, pas de celle dont les réformistes font la promotion : ils poussent les travailleurs à s’unifier derrière la bourgeoisie dans un « front populaire », une alliance de partis ouvriers réformistes avec des groupes bourgeois comme le Parti radical de gauche ou les Verts. Le but d’une telle alliance est de faire élire en 2012 un candidat commun pour gérer les intérêts de l’impérialisme français à la tête de l’Etat bourgeois. Pour peu le PS aurait présenté Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du FMI et ex-ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Jospin, et il cherche maintenant un nouveau candidat qui soit autant crédible auprès des capitalistes. Martine Aubry, l’ex-ministre qui a la faveur de la « gauche » du PS, vient d’attaquer Sarkozy de la droite sur le terrain sécuritaire, promettant d’embaucher 10 000 flics supplémentaires si elle est élue ! Ces mêmes réformistes qui nous traitent de « diviseurs » parce que nous luttons pour un parti révolutionnaire d’avant-garde opposé au front populaire, divisent quant à eux et affaiblissent la classe ouvrière sur le point de production en gérant des chapelles syndicales férocement concurrentes entre elles (CGT, SUD, etc.).
De telles alliances avec la bourgeoisie ont toujours conduit les travailleurs à la défaite, que ce soit en 1936 en Espagne la victoire finale de Franco (voir notre article sur la guerre civile espagnole dans Spartacist édition française n° 39, été 2009) ou en France la fin ignominieuse du Front populaire qui s’était soldée par le régime de Pétain. Plus récemment les gouvernements de Mitterrand ont été marqués par le « tournant de la rigueur », un rôle d’avant-garde en Europe dans la campagne de guerre froide impérialiste contre l’Union soviétique et la participation à la première guerre impérialiste contre l’Irak en 1991. Sous Jospin il y a eu une vague de privatisations sans précédent et l’attaque impérialiste meurtrière contre la Serbie en 1999. A bas la collaboration de classes ! Pour l’indépendance de classe du prolétariat par rapport à la bourgeoisie et ses partis ! Pour un parti ouvrier révolutionnaire multiracial !
Mais la gauche française a atteint un tel niveau de prostration devant sa propre bourgeoisie qu’elle est allée jusqu’à soutenir ouvertement cette année les troupes terrestres de Sarkozy en Libye dirigées par le « Conseil national de transition » (CNT) ; elle a même soutenu les frappes françaises et de l’OTAN dans le cas du PS, de Mélenchon et d’une partie du NPA ! Le NPA, adepte de la « révolution » à l’ombre des bombardiers français, a salué le 22 août dans un communiqué spécial la chute de Kadhafi, déclarant avec un cynisme consommé : « La liberté, les droits démocratiques, l’utilisation des richesses dues aux ressources naturelles pour la satisfaction des besoins fondamentaux du peuple sont maintenant à l’ordre du jour » – alors que l’on commençait à parler des 35 % du pétrole libyen que s’est arrogés Total et des pogroms systématiques contre les Noirs dans les territoires « libérés ». Nous nous sommes au contraire prononcés pour la défense de la Libye néocoloniale contre l’attaque impérialiste (voir nos articles dans le précédent numéro du Bolchévik).
Le protectionnisme, ou le « socialisme » des chauvins impérialistes
Si les capitalistes font usage de la ségrégation et de la discrimination racistes pour diviser la classe ouvrière, il y a aussi la forme soi-disant plus respectable, voire « de gauche », du protectionnisme. Dès mars 2009, quelques mois après l’éclatement de la crise, Jacques Sapir, lui-même connu pour ses accointances monarchistes, publiait deux articles pour remettre à la mode le protectionnisme dans le Monde diplomatique, journal de référence pour nombre de petits-bourgeois qui se considèrent « de gauche ».
A l’ère du capitalisme monopoliste décadent, dans les métropoles impérialistes, le protectionnisme revient à protéger des fabricants en perte de vitesse dans la concurrence internationale avec des barrières douanières de différents types (droits de douane, contingents d’importation, etc.). Le protectionnisme protège artificiellement le taux de profit d’une branche économique donnée. Il implique donc des transferts vers ces branches capitalistes, bien entendu aux frais de la classe ouvrière censée acheter avec les mêmes salaires des produits français plus chers que les pêches espagnoles ou les textiles chinois ou tunisiens. De plus, le protectionnisme provoque inévitablement des mesures de rétorsion de la part des pays dont les capitalistes sont lésés, avec les conséquences que l’on devine pour les travailleurs des entreprises exportatrices dont les marchés extérieurs sont soudain fermés par le protectionnisme adverse. Les travailleurs se retrouvent perdants sur les deux tableaux.
Mais surtout, au niveau de la conscience de classe, le protectionnisme est un poison mortel pour la classe ouvrière : en tournant les travailleurs vers la revendication que soient protégés les capitalistes qui les emploient, le protectionnisme signifie l’unité de la classe ouvrière avec sa propre bourgeoisie contre les rivaux capitalistes de celle-ci et contre les ouvriers de ces autres pays. Le protectionnisme est directement opposé à la lutte de classe contre sa propre bourgeoisie, et à l’unité internationale de la classe ouvrière, dont Marx disait déjà dans le Manifeste du Parti communiste : « Les ouvriers n’ont pas de patrie. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
En obscurcissant la conscience des travailleurs, le protectionnisme est une barrière réactionnaire à la lutte révolutionnaire. Le PCF en avait fourni un exemple particulièrement grotesque à la fin des années 1970 en avançant le mot d’ordre « Produisons français ! » Il avait mis ce mot d’ordre en veilleuse après que le FN l’avait fait sien en précisant simplement « avec des Français ». Maintenant le PCF cite avec approbation dans l’Humanité (31 août) un de ses propres élus disant : « Ikéa vend en France, il faut lui imposer de continuer à produire une partie de ses produits en France. » Et peu lui importe le sort des ouvriers roumains mis en concurrence.
La LTF et ses sections sœurs du Spartakist-Arbeiterpartei Deutschlands et de la Spartacist League/Britain ont produit en 2007 une déclaration internationale commune alors que la société Airbus publiait un plan de restructuration et de cession d’usines, nommé « Power 8 », et alors que chaque bureaucratie syndicale des pays concernés se mobilisait pour faire porter le poids des « sacrifices » sur les unités de production dans les autres pays. Nous écrivions (le Bolchévik n° 179, mars 2007) :
« Ce protectionnisme nationaliste est 100 % à l’opposé de la lutte de classe internationale qu’il faut mener en urgence contre “Power 8” et les nombreuses autres attaques des capitalistes. Le nationalisme est inhérent au système capitaliste, qui opère en dressant une classe capitaliste nationale contre une autre, créant constamment de nouvelles inégalités et de nouvelles crises. De l’autre côté, le caractère international de la classe ouvrière lui donne potentiellement une énorme supériorité sur la bourgeoisie, si la classe ouvrière coordonne, au-delà des divisions nationales et autres, les luttes interdépendantes des travailleurs dans divers pays. C’est exactement ce que les bureaucrates syndicaux refusent de faire, du fait de leur loyauté au système capitaliste basé sur l’exploitation d’une classe, le prolétariat, par une classe dirigeante minuscule mais fabuleusement riche, la bourgeoisie. A l’opposé, une stratégie lutte de classe veut dire mobiliser la puissance sociale des syndicats pour lutter pour satisfaire les besoins pressants des masses travailleuses et pauvres, indépendamment des intérêts de la bourgeoisie nationale et contre eux. »
Cela exige la lutte pour une direction révolutionnaire des syndicats et contre les organisations réformistes qui sont l’expression politique de la bureaucratie syndicale, du Parti socialiste au Parti communiste, au Parti de gauche (PG) et autres NPA ou Lutte ouvrière (LO).
En prévision des élections de 2012, le PS est maintenant agité par un débat sur quel protectionnisme contre quels concurrents. A Arnaud Montebourg, apôtre de la « démondialisation », le sénateur Henri Weber, lui-même en fait protectionniste, répond qu’il faut exiger « le respect des principes de réciprocité », contre « toutes les formes de concurrence déloyale », etc. (Libération, 18 juillet). C’est avec ce genre d’arguments que les impérialistes français et anglais, avec le soutien des sociaux-démocrates de la SFIO (le PS de l’époque) et du Parti travailliste, s’étaient lancés dans la guerre contre l’Allemagne en 1914, accusée de ne pas respecter les règles du jeu en inondant les marchés mondiaux de ses produits industriels (voir notamment l’ouvrage de Georges-Henri Soutou, l’Or et le sang – Les buts de guerre économiques de la Première Guerre mondiale). Comme l’écrivait Lénine en 1915 :
« En quoi consiste l’essence économique de la “défense de la patrie” dans la guerre de 1914-1915 ? La réponse a déjà été fournie par le Manifeste de Bâle. La guerre est menée par toutes les grandes puissances à des fins de pillage, pour le partage du monde, pour les débouchés, pour l’asservissement des peuples. A la bourgeoisie, elle rapporte un accroissement des bénéfices. A la mince couche de la bureaucratie et de l’aristocratie ouvrières, puis à la petite bourgeoisie (les intellectuels, etc.) qui s’est “jointe” au mouvement ouvrier, la guerre promet des miettes de ces bénéfices. La base économique du “social-chauvinisme” (ce terme est plus exact que celui de “social-patriotisme”, qui enjolive la chose) est la même que celle de l’opportunisme : l’alliance de la couche insignifiante des “élites” du mouvement ouvrier avec “leur” bourgeoisie nationale contre la masse du prolétariat. L’alliance des valets de la bourgeoisie avec la bourgeoisie contre la classe exploitée par la bourgeoisie. Le social-chauvinisme, c’est l’opportunisme achevé. »
– « L’opportunisme et la faillite de la IIe Internationale »
Le protectionnisme contre la Chine, campagne anticommuniste des sociaux-démocrates
Derrière sa version « soft » de protectionnisme, Henri Weber s’attaque dans son article à l’Etat ouvrier déformé chinois, exigeant qu’il ouvre le pays sans restriction à la pénétration des trusts capitalistes :
« Dans l’ordre défensif, il faut exiger le respect des principes de réciprocité et d’équilibre dans les échanges avec les pays développés et avec les “grands émergents”. Si la Chine peut construire un tronçon de l’autoroute Berlin-Varsovie, il faut que les entreprises européennes puissent avoir accès de la même façon aux marchés publics chinois. Si la Chine exporte pour 282 milliards d’euros de marchandises en Europe, en 2010, il faut que les exportations de biens et de services des pays européens atteignent à peu près la même valeur, et non 130 milliards, comme c’est aujourd’hui le cas. »
Malgré une pénétration capitaliste significative, la Chine demeure un Etat ouvrier où le noyau de l’économie demeure collectivisé, et c’est d’ailleurs pour cela que l’économie chinoise continue d’afficher des taux de croissance élevés alors que le monde capitaliste se débat dans une crise de grande ampleur depuis plus de trois ans. Il ne suffit pas aux sociaux-démocrates et à leurs maîtres impérialistes que la bureaucratie stalinienne chinoise s’en soit prise au monopole du commerce extérieur, notamment avec l’entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) il y a dix ans, et que dans une certaine mesure elle fasse fonction de « pourvoyeur de main-d’œuvre pour le capital impérialiste et pour les capitalistes chinois de l’extérieur » (voir notre article « Les ouvrières et les contradictions de la Chine contemporaine » paru dans Spartacist édition française n° 39, été 2009) : les sociaux-démocrates veulent une contre-révolution capitaliste pure et simple, comme celle qui a détruit l’Union soviétique en 1991-1992 (voir notamment notre article en page 3 sur le « dissident » anticommuniste chinois Liu Xiaobo). Nous, trotskystes, luttons pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé chinois contre l’impérialisme et la contre-révolution, et nous luttons pour une révolution politique prolétarienne qui remplace le régime de la bureaucratie stalinienne corrompue par un régime de démocratie prolétarienne basée sur des conseils ouvriers (soviets).
Ecologie et républicanisme, les deux mamelles de la collaboration de classes chez Mélenchon
Pour les sociaux-démocrates, il s’agit d’avancer auprès de leur propre bourgeoisie des recommandations pour qu’elle gère son économie de façon qu’il puisse soi-disant en retomber quelques miettes pour la clientèle électorale de ces « lieutenants ouvriers du capital ». En liant ainsi les travailleurs à leurs propres exploiteurs, les sociaux-démocrates président en réalité à la destruction des acquis ouvriers, peu importent les conseils qu’ils aient donnés à la bourgeoisie. D’ailleurs les mêmes qui, il y a dix ou quinze ans, étaient pour la « mondialisation » ou son reflet « de gauche », l’« altermondialisme », défendent le protectionnisme maintenant que les difficultés s’aggravent pour le capitalisme français. Si Weber veut utiliser l’Union européenne contre la Chine, Jean-Luc Mélenchon, le candidat désigné du PC et du PG pour les prochaines élections, lui, préconise plutôt l’inverse, c’est-à-dire de s’appuyer sur la Chine pour contrer l’étreinte étouffante de l’Allemagne, le principal rival impérialiste de l’impérialisme français, ainsi que des Etats-Unis.
Mélenchon représente là un courant croissant dans l’opinion bourgeoise qui était à fond pour le traité de Maastricht et l’Union européenne il y a dix ou vingt ans, et qui aujourd’hui s’en détourne. Mélenchon écrivait dans son manifeste de l’année dernière, Qu’ils s’en aillent tous ! :
« Aux dirigeants allemands décomplexés devraient correspondre des dirigeants français dessillés. […] Selon moi, la France du XXIe siècle doit avoir avec la Chine une coopération avancée. […] Donc, la relation peut être plus équilibrée et stimulante qu’avec l’empire en déclin technique des Etats-Unis. Dans ces conditions, la France doit être la première à construire ce nouveau partenariat coopératif avec les Chinois. »
Mélenchon n’est pas moins anticommuniste que ses anciens camarades du PS ; il voit simplement la Chine un peu comme de Gaulle voyait l’URSS, dont l’existence permettait à l’impérialisme français en déclin de tenter encore de jouer aux premiers rôles en prétendant à une certaine autonomie à l’intérieur de l’OTAN face à ses rivaux impérialistes plus puissants.
Plus récemment, Mélenchon précisait ainsi les mesures protectionnistes qu’il supplie la bourgeoisie de mettre en place (interview à l’Humanité, 12-13-14 août) :
« La finance peut être dominée. Les marchandises aussi. Avec un système de visas sociaux et écologiques pour celles qui entrent dans l’UE, du jour au lendemain le paysage changerait. Le marché européen avec 450 millions de consommateurs est suffisant pour permettre les économies d’échelle nécessaires à une production à bon marché. »
Là encore c’est du protectionnisme bourgeois emballé sous une étiquette « sociale » et « écologique ». Comme l’écrivaient récemment nos camarades américains dans un article sur le changement climatique (Workers Vanguard n° 965, 24 septembre 2010) :
« L’écologie va de pair également avec le chauvinisme national, comme on peut le voir par exemple avec sa tendance au protectionnisme. Si les principales puissances étaient parvenues à un accord à Copenhague [lors du sommet international sur le climat], il en aurait probablement résulté davantage de protectionnisme. Comme le faisait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : “Le monde ne dispose de guère d’options pour faire appliquer les engagements à réduire les émissions de gaz à effet de serre, si ce n’est des sanctions commerciales punitives ou autres mesures peu excitantes de ce genre.” Les réglementations environnementales servent en effet depuis longtemps de couverture à des barrières douanières, une pratique enracinée dans le règlement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le protectionnisme a souvent dans l’histoire alimenté des représailles commerciales agressives, qui ont tendance à se transformer en guerres pour de bon. « Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’augmenter les droits de douane sur les marchandises en provenance des USA et autres nations non signataires du protocole de Kyoto afin de protéger les entreprises européennes. […] Dire que les travailleurs de chaque pays sont liés à leurs exploiteurs par des “intérêts nationaux” communs est un mensonge qu’encourage le protectionnisme ; c’est du poison pour la solidarité de classe internationale. »
Mélenchon était secrétaire d’Etat dans le dernier gouvernement PS-PCF-Verts de Lionel Jospin, le social-démocrate qui s’était fait battre par Le Pen aux élections de 2002 après avoir proclamé « mon programme n’est pas socialiste ». Et Mélenchon ne fait pas mystère de sa disposition à prendre part à un nouveau gouvernement capitaliste « de gauche », du moment que le PS y met les formes sous un habillage qui ne soit pas trop « libéral ». Le collaborationnisme de classes de Mélenchon est à double entrée : d’une part le républicanisme de Jean Jaurès, c’est-à-dire la République française capitaliste et « laïque », et d’autre part la « planification écologique », soit la fable capitaliste que bourgeois et prolétaires auraient soi-disant des intérêts communs face aux déprédations capitalistes de la nature.
La taxe Tobin, ou l’attrape-nigauds de Sarkozy-Besancenot
Comme d’habitude, le NPA d’Olivier Besancenot ne présente qu’une légère variante du protectionnisme de Mélenchon, colorée de certaines nuances de rose une demi-teinte plus foncée. Ainsi, l’économiste fétiche du NPA, Michel Husson, déclarait dans Inprecor (juillet-août-septembre), la revue internationale en français du « Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale » (SU) dont fait partie Olivier Besancenot :
« 1. On prend unilatéralement les “bonnes” mesures (par exemple la taxation des transactions financières) ; « 2. On les assortit de mesures de protection (par exemple un contrôle des capitaux) ; […] « Les mesures de rétorsion de toutes sortes doivent être anticipées au moyen de mesures qui, effectivement, font appel à l’arsenal protectionniste. Mais il ne s’agit pas de protectionnisme au sens habituel du terme, car ce protectionnisme protège une expérience de transformation sociale et non les intérêts des capitalistes d’un pays donné face à la concurrence des autres. C’est donc un protectionnisme d’extension, dont la logique est de disparaître à partir du moment où les “bonnes” mesures seraient généralisées. »
Ce que Husson fait surtout « disparaître », c’est bien sûr la révolution socialiste instaurant une dictature du prolétariat qui expropriera les capitalistes et luttera pour l’extension internationale de la révolution. Le NPA veut faire croire qu’on peut réformer à bon compte le capitalisme, et en faisant la promotion d’un « bon » protectionnisme il donne de la légitimité au protectionnisme du Front national. Quant à la première « bonne » mesure envisagée, la taxation des transactions financières, ou « taxe Tobin », lesdits marchés financiers étaient en hausse à Paris et New York le 16 août, au lendemain de l’annonce par Sarkozy et Merkel qu’ils allaient unilatéralement la mettre en place.
Un autre économiste social-démocrate, Isaac Joshua, s’est lui aussi placé au chevet de la finance capitaliste mondiale dans les pages du même numéro d’Inprecor. Le bon docteur Joshua propose pour résumer de taxer les riches (un peu plus que Sarkozy) et nationaliser les banques menacées de faillite, c’est-à-dire encore une fois que les Etats capitalistes sauvent leur secteur financier (comme l’a fait Obama aux USA en nationalisant nombre de banques). A quoi le docteur ajoute le financement des dettes de ces Etats par la Banque centrale européenne (BCE). Pour ce financement, la BCE peut en fait faire marcher la planche à billets, ce qui revient à dévaluer l’euro et la valeur du capital allemand sur le marché international ; elle peut aussi aller sur les marchés obligataires en vendant des titres d’emprunt européens, les « eurobonds » – encore une fois garantis par la crédibilité de la signature allemande. François Sabado, porte-parole du SU, déclare de façon similaire dans Inprecor (mars-avril) : « En Europe, la réponse à la crise n’est pas le protectionnisme nationaliste et la sortie de l’Euro. »
Disons franchement à quoi reviennent leurs petits schémas : ils espèrent encore que les capitalistes allemands vont payer. La dernière fois que l’impérialisme français est parvenu à extorquer le genre de sommes dont on parle ici à son rival allemand, c’était après l’effondrement militaire allemand en 1918 et le traité de Versailles. On doute que cette fois-ci le succès militaire de Sarkozy en Libye soit suffisant pour convaincre Mme Merkel de dire en dernier ressort autre chose que « nein » à ce genre de proposition.
Les réformistes se débattent pour donner une couverture présentable, voire « internationaliste », à leur grossier chauvinisme français qui a trouvé toute son expression dans leur soutien à Sarkozy en Libye. Il n’y a pas de solution « nationale » à la crise où s’enfonce le capitalisme en ce moment même. Les forces productives ont dépassé depuis longtemps les frontières nationales, et pourtant les moyens de production restent entre les mains d’une classe peu nombreuse de capitalistes nationaux. Cette contradiction ne peut se résoudre en dernier ressort que par de nouvelles guerres impérialistes ou par la révolution ouvrière s’étendant aux autres pays. L’économie devra être réorganisée à une échelle internationale par un pouvoir prolétarien basé sur des conseils ouvriers (soviets) issus de la révolution socialiste. Nous luttons pour construire un parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde se basant sur les leçons de nos prédécesseurs bolchéviques qui avaient dirigé la révolution d’Octobre en Russie en 1917. Pour les Etats-Unis socialistes d’Europe ! Pour une Quatrième Internationale reforgée !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/197/protectionnisme.html
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